Prémices 

Avant d’aborder cette review assez détaillée sur Berserk, commençons par parler du mangaka qui nous a pondu ce chef-d’oeuvre (Oui, c’en est un si t’es pas content, dis-moi pourquoi dans les commentaires 😉 )…

Kentaro Miura est un Mangaka japonais né en juillet 1966 qui a publié son premier one shot (NOA) à l’âge de … 10 ans.

En 1989, il sort Berserk dans le magazine Animal House. Avec le temps, Berserk changera de magazine et passera vers Young Animal. 

Histoire

  • Synopsis

Berserk nous raconte l’histoire maudite de Guts, un mercenaire solitaire et tourmenté qui, tout au long de sa vie, devra combattre son destin… sans relâche.
Guts finira par rejoindre le troupe du faucon, une bande de mercenaires à la solde du royaume de Midland. Cette rencontre actera son destin tout en révélant les plus beaux et les plus horribles traits du genre humain.
Le chef de la troupe du faucon n’est autre que Griffith, commandant fascinant et énigmatique qui possède un artefact mystérieux, le béhélit.

  • Enfance de Guts

Guts est né d’une femme pendue, signe de malheur dans ce monde médiéval. Il est élevé par une femme de mercenaire qui mourra 3 ans après de la peste. Notre protagoniste se retrouvera donc avec Gambino, le compagnon de cette femme qui le va traumatiser.

Ce personnage est rustre, impitoyable mais c’est lui qui va initier Guts au combat.
Une nuit, un soldat rentre dans la chambre de Guts et le viole. Alors que les mercenaires de Gambino attaquent un convoi de réfugiés, Guts profite de la confusion générale pour se venger de Donovan en lui tirant un carreau d’arbalète dans le cœur.

Guts saura plus tard que c’est Gambino qui l’a vendu. Hors de lui, il tue Gambino et fuit son groupe de mercenaires…
Le décor est planté, on sait là que l’histoire qu’on a entre les mains, n’est absolument pas faite pour les cœurs sensibles.

  • L’éclipse

Après que Griffith ait tout perdu, gloire, beauté, force et qu’il en soit réduit au statut d’assisté, réalisant par la même occasion que Guts et Casca ont dépassé le stades d’amis et qu’ils sont bel et bien amoureux l’un de l’autre, Griffith dépasse la ligne interdite et utilise le béhélit des rois.

Ce dernier qui, dans une scène graphiquement inoubliable nous montre, à nous pauvres humains, la scène épiquement gore et symbolique qu’est l’éclipse.

Les rouages du destin sont en marche, tout était prédestiné hurleront certains !

Griffith vient en effet de sacrifier toute la troupe du faucon aux God Hand, qui permettent à Griffith de les rejoindre et de « renaître ».

Par la même occasion, Griffith devient l’ennemi juré de Guts qui, maintenant, est animé par la rage de la vengeance.

Maintenant qu’on connait le background du personnage, peut-on vraiment le juger d’être démoniaque ou doit-on surtout se demander comment il arrive à garder ne serait-ce qu’une once d’humanité ?

Dessins

Comment parler de Berserk sans évoquer ses planches God-tier qui feraient frémir même le dessinateur du plafond de la chapelle Sixtine ?
Cette capacité à retranscrire une planche si détaillée, ce génie tout simplement de nous montrer des scènes de Dark-fantasy aussi fascinantes que déroutantes, dans lesquelles se mélange gore, fantastique et médiéval nous laissant perplexe entre l’admiration de la planche et la peur de ce qui va arriver aux personnages…


Miura apporte une folie démoniaque dans ce récit apocalyptique, et ne saurait nous choquer visuellement plus qu’il ne l’a déjà fait.
Ses dessins ont redéfini le genre du dark-fantasy tout simplement.
Une autre facette intéressante dans les dessins de Miura c’est qu’il arrive à créer créatures s’approchant plus de la déformation génétique qu’autre chose.

On retrouve plusieurs influences dans les représentations graphiques de Berserk.

Gustave Doré en est une et ça se voit dans le style de Kentaro miura : 

Dans une scène ou Ubik apparait, on nous montre une scène fortement inspirée d’un des tableaux de Bosch (le panneau de l’enfer du jardin des délices) :

Il y’a aussi quelques clins d’oeil à Goya : 

La très célèbre oeuvre de M.C. Escher est elle aussi présente, lors de l’apparition des God hands : 

Protagonistes / Antagonistes

  • Troupe du faucon

Les personnages de la troupe du faucon sont directement inspirés de la vie de Miura, des amis qu’il avait à l’époque ou il avait intégré un lycée avec spécialité en dessin.
On découvre donc avec attention que ceux qui seront l’inspiration de Judeau, Carcus, Rickert, Pippin et notamment Griffith ont en fait été des amis de Miura à cette époque là.
Miura arrive à construire avec la troupe du faucon une panoplie de personnages secondaires intéressants, qui n’ont cessé de nous émerveiller (ou de nous décevoir) au travers de l’arc de l’âge d’or.

  • Guts/Griffith & Koji Mori/Kentaro Miura – Entre fascination et rivalité

Le personnage de Koji Mori, meilleur ami de Kentaro Miura et camarade de classe qui avait aussi comme ambition de percer dans le manga game, a fortement inspiré et fasciné Miura qui le considérait comme un rival dans sa quête de mangaka, une idole tant il était beau, fort, intelligent et hyper populaire à l’époque avec du vécu et un côté bad boy et, de surplus, bagarreur fréquent.


kentaro Miura à gauche / Koji Mori à droite

Il est aisé donc de faire un parallèle entre la relation Griffith-Guts et Koji-Kentaro.

Ce qu’il faut savoir, c’est qu’au début, seul Miura avait percé dans le monde des mangas. En parallèle Koji avait gardé son côté bagarreur et colérique mais ce que ne savait pas Miura c’est que Koji était en fait en colère contre lui-même de ne pas avoir le talent de Miura, ce qu’il s’empressera de noyer dans un quotidien enviable de façade entre conquêtes à gogo et travail de publicitaire/illustrateur bien payé.

Malgré cette « réussite sociale » Koji n’a pas eu ce qu’il désirait dans la vie, à savoir devenir mangaka et être sérialisé dans un magazine de publication, ce qui le rendait profondément malheureux.

Ce passage de leur amitié est très intéressant puisqu’on peut voir le parallèle avec un Griffith, qui au début, était envié et avait tout pour lui. Si bien que Guts ne s’affranchisse de celui qu’il considérait comme son modèle et que Griffith se sente éclipsé, dépassé, par celui qu’il considèrait comme son meilleur ami, avec en clé un sentiment de trahison lorsque Guts quittera la bande du faucon, ce qui sera un choc insurmontable et qui causera sa perte.

Seulement, après un accident de voiture dans lequel Koji Mori a échappé à la mort de justesse, ce dernier décide de ravaler son ego et de son consacrer pleinement à son premier amour, à savoir les mangas.
Il devient donc l’assistant de Miura, puis ensuite réussit à lancer ses mangas, notamment Holyland & Suicide Island.

  • redéfinition de l’héros et de l’anti-héros

Dans cette Dark-fantasy qu’est berserk, Guts n’a rien pour lui. Il est même l’opposé d’un héros; physiquement repoussant, dépourvu de morale. Contrairement à Griffith, beau, charismatique, aimé par ses troupes.

Même dans l’utilisation du blanc et du noir dans les dessins de Miura montrent un Griffith touché par la grâce de Dieu tout en blanc, tandis que Guts apparaît comme un être démoniaque, un chien enragé, directement pondu par le démon lui-même.

Miura veut en fait redistribuer les cartes du bien et du mal, du blanc et du noir, et inverser le négatif et le positif. Le tout en nuançant les préjugés qu’on pourrait avoir sur chaque personnage.

  • God Hand

Aussi appelés le main de Dieu, les 5 démons sont considérés tantôt comme des anges tantôt comme des divinités. Ils sont aussi les antagonistes principaux de la série.

Les God Hand sont à l’origine des humains qui, de par leur destin, ont transcendé leur état et se sont érigés en divinité en sacrifiant ce qu’ils ont de plus cher. On parle de:

1/ Void :

Son nom est inspiré du roman de FRANK HERBERT, Destination: VOID.

Manipulateur, capable de distinguer les liens de causalité de l’univers et soutient la thèse de inéluctabilité du destin.

C’est aussi le personnage le plus ancien de la God Hand et qui peut apposer le sceau maudit de sacrifice humain.


2/ Conrad :

Son nom est tiré de Conrad Nomikos, personnage du roman THIS IMMORTAL de ROGER ZELAZNY. Son apparence est elle inspirée d’un tableau de Rudi Giger, LandScape XVIII.


3/ Ubik :

Tire son nom de l’oeuvre de SF UBIK écrite par Philip K. Dick. Être capable d’influencer les esprits pour sacrifier un être cher pour accomplir l’éclipse.


4/ Slan :

Son nom est tiré d’une oeuvre de SF appelée… Slan est écrit par A.E. VAN VOGT. Succube cruelle de par son incitation à ressortir le côté sombre des hommes.

Elle prends plaisir à regarder les hommes sombrer dans les limbes de la déchéance humaine à travers des rites païens, doublés de drogues en tout genre. Elle pratique de orgies cannibales et sanglantes tout en possédant des pouvoirs d’incarnation, de téléportation et de manipulation.


5/ Femto :

Incarnation démoniaque de Griffith une fois qu’il a choisit de sacrifier la troupe de faucon. Il est l’ange déchu et, dans une scène marquante de l’oeuvre, viole Casca devant un Guts enragé et impuissant, dévoré dans sa chair au sens propre comme au figuré.

Son apparence est inspirée du film Phatom of the Paradise.

Codes, Mythologie & inspiration

Une des forces de Berserk est l’univers qu’il a réussi à développer, plein codes et de références historico-fanstastiques tout en réussissant à les faire cohabiter dans un récit logique.
On y découvre des inspirations occidentales entre mythes et réalités, plantés dans un décor médiéval.

Berserk nous initie à plusieurs strates coexistant dans cet univers.

** Monde des mortels **

Monde des humains, ou la normalité est de mise. Royaume de Midland, Kushan,… On va y découvrir famine, guerre, mort, viol, luttes de cour, pouvoir, clergé, satanisme,…

** Monde astral **

Monde des créatures légendaires et normalement invisibles aux humains; elfes/trolls/monstres divers et variés

** Monde Idéal **

Gouverné par le subconscient, là ou existerait les notions de paradis et d’enfer. Un monde ou seul un(des) être(s) immortel(s) existerai(en)t.

Entre ces mondes se trouve : l’interstice, le nexus, le vortex et l’abysse.

 

les intersections entre ces différents mondes (notamment l’interstice) explique pourquoi lors de l’errance de Guts dans le monde des humains des êtres maléfiques et surnaturels, attirés par le sceau du sacrifice de Guts et Casca, arrivent à s’immiscer dans l’interstice.

Le Nexus est quand à lui le royaume centrale du monde astral, c’est ici que les God Hand évoluent et ici que l’éclipse arrive.

Le Vortex se trouve plus loin et n’est qu’un amas d’âmes défuntes – créant une spirale géante, qu’on peut considérer comme tourmentées et qui, à mon avis, représentent l’antichambre de l’enfer. Pourquoi l’enfer ? Parce dans le « monde idéal » on évoque les notions d’omnipotence, de paradis et d’enfer.

Ces différents mondes rendent le récit de Berserk encore plus épique qu’il ne l’est déjà.

Une autre facette de la mythologie berserkienne réside dans le béhélit. Cet objet mystérieux et limite surnaturel se décline en plusieurs versions, la plus prisée étant le béhélit royal.

Le béhélit est en fait une sorte de clé entre les différentes couches de l’univers de Berserk (interstice entre monde physique et monde astral).

Il permet entre autre d’influencer la destinée du monde en procurant un pouvoir exponentiel au désir de pouvoir de son possesseur.

Ceci est permis en invoquant un rite sacrificiel dans lequel le possesseur doit sacrifier ce qu’il a de plus cher pour avoir ce qu’il veut.

  • Inspirations

 

On peut compter plusieurs inspirations dans l’élaboration de cette oeuvre culte.
Berserk est dérivé du terme Berserker, un être touché par une rage sainte le rendant incontrôlable mais infiniment plus fort. Présente dans la mythologie nordique.

Hokuto no ken (Miura était le disciple de Buronson) : 

Guts est un personnage qui ne ferait pas office d’étranger dans Hokuto no Ken, physique imposant, tranche de tueur, lame surdimensionnée et arbalète à fusil en guise de main gauche… Tout y est.

Ashton Smith – disciple de lovecraft : 

il suffit de voir quelques albums de Smith pour voir l’inspiration de Berserk. Smith était un visionnaire de SF et de Dark-Fantasy, pondant des êtres démoniaques qui ont certainement inspiré Miura lors de ses créations. On y voit des monstres tentaculaires, vils et teintés de noir.

Guin Saga :

Cette oeuvre a profondément inspiré miura pour écrire Berserk, une partie de la personnalité de Griffith et de traits de Guts ont été inspirés de Guin Saga.


IL existe d’autres inspirations comme Excalibur, Conan le Barbare et Lady Oscar (pour l’arc de l’âge d’Or)

Réflexions et Morales

Berserk arrive à nous faire réfléchir sur plusieurs thèmes. Il y’a :

  • Aspect du Divin, dogmes, religions, Satanisme :

Plusieurs scènes, images, objets et récits nous font réfléchir sur presque tous les thèmes imaginables liés à la croyance, à l’existence ou non de Dieu, aux inquisiteurs, aux prêtres illuminés, les notions de foi et de pêché,….

Vu le cadre médiéval et les références symboliques utilisées il est surtout question ici de la religion catholique bien que ces réflexions peuvent-être étendues aux autres croyances. En parallèle, on trouve aussi des références au culte de Satan, dépeint de manière horriblement gore et excitante.

Sachez aussi que pour l’existence de Dieu ou non, le fameux chapitre 83 – retiré ensuite par l’auteur – nous montre une discussion entre Griffith et un être omniscient (Dieu?).

  • Notions de la fatalité, du destin et du libre arbitre :

Ce thème récurent arrive à nous fasciner tant cette question de la prédestination divise les lecteurs en défenseurs de cette thèse et contradicteurs. Ce thème est étroitement lié au thème des religions et de l’existence d’un être supérieur.

  • Jeu de cour politicienne, de pouvoir, guerre intestine, complots :

Entre ce qui se passe dans le royaume de Midland, kushan et autres revêt un thème classique qui a toujours inspiré les créateurs d’œuvres et nourri des fantasmes variés. Au cœur de ce thème on trouve aussi du sexe, de l’inceste, des vengeances à foison et des scènes de tortures assez hard-core.

  • Notion du bien et du mal :

Griffith devient l’homme fort d’un nouvel empire, fantasia. Il crée un monde utopique pour les humains qui, jusque là, mourraient de faim et s’adonnaient aux pires atrocités pour survivre.

Il permet même aux défunts de revoir leur familles dans des endroits spéciaux, il arrive à ce faire en abolissant les frontières entre les différents mondes rendant possible une coexistence entre êtres vivants.

De par sa force et son charisme, il unifie tout le monde sous sa bannière et finalement crée une utopie, un monde parfait…

La question qui se pose, c’est est-ce que Guts doit abandonner sa vengeance, sa quête ? Peut-on parler là d’équivalence entre un sacrifice minime (troupe du faucon) pour une paix utopique ? Peut-on dire que Griffith avait raison de sacrifier ses amis pour obtenir une utopie pour le monde des humains ? A-t-il le droit de se venger de celui qui est devenu l’héros de l’humanité ?

Je vous laisse choisir entre la vision de Griffith et celle de Guts…

Regrets

Sincèrement, on peut regretter les animations de qualités inégales (coucou Berserk 2016/2017 et les 3 films) qui font que l’oeuvre n’a toujours pas la reconnaissance qu’elle mérite (par rapport aux casual watcher et donc aux weebs qui ne jurent que par SAO).

L’adaptation de 1997 est par contre très bonne, même si l’on peut regretter les limitations techniques et graphiques qui font que les fans hard-core du manga restent sur leur faim. Demander un reboot pur et simple de la série animée ne serait pas de refus, surtout si l’animation est bien faite (Poke Madhouse, WIT).

D’autres rumeurs persistantes font leur bout de chemin avec le directeur et le staff de Castlevania (Netflix) qui ont montré leur enthousiasme à l’idée d’adapter Berserk, même s’ils avouent que cela ne relève pas d’eux et qu’il faudra négocier pour les droits d’auteur. Affaire à suivre.

Berserk souffre aussi d’un rythme de parution assez aléatoire, presque autant que Hiatus x Hiatus (pardon je voulais dire Hunter x Hunter).

L’âge de Miura est aussi un problème. Vu le rythme de parution, jusqu’à quand pourra-il nous pondre des chapitres de qualité et par extension on peut légitimement se demander si on aura une fin pour Berserk.

J’ai peur que Miura ne se résigne à l’un de ces deux scénarios :
1/° Bâcler sa fin pour la finir tant qu’il en a la possibilité
2/° Continuer à son rythme au risque de ne jamais finir son manga

Je sais que je n’ai pas parlé de tous les éléments nécessaires à l’histoire, mais entre-nous c’est limite impossible.

J’espère que cet article vous a satisfait. Ciao.

2 Replies to “Berserk : L’oeuvre du Démon… ou du Saint-Esprit ?”

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