Notation :
10/10

Titre : Ascension – Kokou no Hito – The Climber 

Type : Manga

Auteur : Sakamoto Shinichi (Innocent)

Mots clés : Drame, Psychologie, Sport, Seinen

Magazine de prépublication : Young Jump (Tokyo Ghoul, Kaguya, Kingdom, Real)

Source : Inspiré du roman Kokou no Hito de Jiro Nitta

Période de Publication : 2007 à 2012

Longueur : 17 volumes, 170 chapitres

Synopsis : 

Mori Buntarou est un jeune homme qui a récemment changé de lycée. Asocial, il se fait embêter par un camarade qui le met au défi de gravir à main nu un bâtiment scolaire. C’est durant son ascension qu’il trouve un but à sa vie : il ressent pour la première fois une excitation mêlé à une plénitude, il est au plus proche du sentiment de vie, et décide de dédier le reste de son existence à grimper. Ascension est une revisite moderne du roman classique Japonais The Climber de Jiro Nitta, lui-même basé sur la vie d’un des plus grands alpinistes japonais, Katou Buntarou. Ascension arrive néanmoins à se détacher assez vite de l’œuvre originale.

Pourquoi le voir : 

Ascension est tout simplement l’une de mes œuvres préférées, et est probablement celle qui a à ce jour le mieux capté le sentiment de vie parmi tout ce que j’ai pu voir. 

Le trait de Sakamoto Shinichi est simplement superbe. Sa grande maîtrise de la perspective permet vraiment de faire ressentir la hauteur des murs et falaises, sa précision lui permet de dessiner les personnages de près pour bien mieux traduire le sentiment d’oppression qu’ils ressentent en grimpant, ses grands-angles et sublimes paysages témoignent aussi bien de la beauté des milieux montagneux que de la solitude des alpinistes. Il maîtrise aussi très bien les jeux d’ombre, et s’en sert à la fois pour mettre superbement en valeur les corps, comme pour nous traduire leur détresse. Surtout que cet aspect est très important : les personnages étant souvent entourés de neiges, s’il n’avait pas maîtrisé aussi bien ce point le manga aurait bien plus peine à transmettre au lecteur des émotions. C’est une prouesse, je ne compte plus le nombre de planches que j’aurais pu mettre en fond d’écran. Et cette merveilleuse technique sert très habilement l’œuvre sur le fond.

Le fond justement ; Ascension est un manga mature, que ce soit par les thèmes qu’il décide d’aborder (même s’il ne les approfondit pas tous), ou par la manière dont il les aborde. Le manga approfondi certaines thématiques, comme la solitude vis-à-vis du groupe, l’isolement en société. Cependant, l’œuvre n’apporte rien de révolutionnaire sur ce point. Là ou Ascension se démarque vraiment, c’est dans sa manière de traiter, de caractériser la vie, qui est omniprésente dans le manga. 

Sans entrer dans une violence pure et gratuite, les personnages vivent, ressentent, souffrent, et c’est en grande partie là le plus intéressant de l’œuvre. Car la souffrance est un thème très important dans Ascension. L’œuvre se concentre sur Mori Buntarou, alpiniste, qui par définition va être mis à l’épreuve en grimpant. C’est un effort physique intense, mais aussi mental. Les personnages, bien que souvent en petit groupe, sont isolés, dans le froid, avec peu à manger. La mort rôde autour d’eux. Et à bien y réfléchir, l’œuvre pose elle-même la question du pourquoi : pourquoi tant de gens décident ils de faire quelque chose de si éprouvant, de souffrir, pour une maigre récompense ? Pourquoi Mori Buntarou grimpe-t-il encore et encore ? C’est en donnant une réponse à cette question que le manga prend tout son intérêt : il caractérise la vie au plus proche de ce qu’elle est, et la caractérise merveilleusement bien. L’essence même de la vie est touchée, à un point que l’œuvre prend une dimension philosophique sans avoir à argument longuement. Les planches de Sakamoto et le symbolisme visuel utilisé permettent à l’œuvre de transmettre un message puissant et diablement persuasif, dépassant de loin le langage. Le froid et le blanc très présent dans l’œuvre participent aussi beaucoup à faire ressentir le sentiment de vie. En fait, Ascension pose lui-même la figure philosophique de l’alpiniste, et arrive à faire parvenir au lecteur tout son intérêt par la bande dessiné bien plus que par un long texte argumentatif. Il s’agit selon moi du point central d’Ascension, de son plus gros atout. Il propose une expérience unique et nouvelle, utilisant aussi bien que possible son format : le manga. Ce fut extrêmement prenant à suivre. 

Ascension a été publié en France en partenariat avec la fédération française de la montagne et de l’escalade, qui a décidé de soutenir le manga pour son réalisme dans l’approche de l’alpinisme. Mori Buntarou, le personnage principal, est aussi un point que j’aimerais soulever brièvement : très intéressant et agréable à suivre, c’est l’alpiniste, celui qui grimpera et gravira envers et contre la souffrance. Enfin, l’œuvre a aussi remporté le prix français mangawa en 2011. 

Ascension est un manga qui a su briller et me transcender par tous ces atouts, et je pense que le manga gagnerait à être plus lu. En espérant que vous ayez envie de jeter un œil à ce chef d’œuvre !

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