Une manière fréquente pour les artistes de pimenter le genre de la romance, est d’y ajouter une particularité. Un élément perturbateur, qui fait partie d’un des personnages principaux. Comme tout le jeu de l’intrigue est de faire se rapprocher les amoureux, ce sont eux, leurs actions et leurs états d’âme qui dirigent la narration. Cet élément perturbateur peut être un handicap ou une pathologie mentale, comme on le retrouve dans l’archétype de la byôkidere.

Mais il arrive aussi que ce soit du surnaturel qui insuffle le renouveau d’une œuvre de romance. On retrouve d’ailleurs cela dans la formule à succès du studio Key et sa panoplie de classiques, notamment dans Air (hiver 2005), Clannad (automne 2007), Angel Beats! (printemps 2010), Little Busters! (automne 2012)… On peut comprendre pourquoi les gens commencent un peu à se lasser de Jun Maeda après Kamisama ni Natta Hi (automne 2020)…

Et bien on retrouve un élément perturbateur de l’ordre du surnaturel dans Kotoura-san (2013), adaptation animée par le studio AIC Classic du yonkoma éponyme, publié de 2010 à 2015 dans le magazine Megumi et le webzine Manga Goccha, dont l’auteur est Enokids et dont les genres sont la comédie, la romance, la vie scolaire, la tranche de vie et le surnaturel.

En effet, l’animé aborde la vie de Haruka Kotoura, une fille qui depuis qu’elle est petite peut lire dans les pensées des autres. Comme elle a tendance à révéler les secrets de son entourage au grand jour, elle en vient à semer la discorde autour d’elle, jusqu’à provoquer la séparation de ses parents, et à être accusée par son école de mythomanie. Sa mère en vient à l’abandonner, et elle change d’école, décidant de ne plus se mêler avec ses camarades. C’est alors qu’elle rencontre Yoshihisa Manabe, un jeune homme assez simple qui devient son ami, et promet de ne plus jamais la laisser seule.

La première série à laquelle ce synopsis fait penser est probablement, pour ceux qui connaissent, Kokoro Connect (été 2012). Dans cet animé, les personnages principaux échangent de corps par accident, découvrant les secrets qu’ils se cachent les uns aux autres. Dans Kokoro Connect, ce transfert corporel des différentes âmes mène à des situations dramatiques ; dans Kotoura-san, le pouvoir de Haruka dirige la tension émotionnelle de l’œuvre.

isshuukan friends

On peut aussi penser à Isshuukan Friends. (printemps 2014), car là où Kaori n’est pas capable de lire les pensées comme Haruka, elle est victime d’amnésie chronique, et oublie spécifiquement les amis qu’elle se fait. Elle est donc incapable de nouer des relations durables avec ses camarades. On retrouve le thème de l’exclusion sociale propre à Kotoura-san, et le rôle d’un soutien moral : on peut retrouver dans Yoshihisa un trait propre à Yûki Hase.

Mais il ne faut pas se tromper : Kotoura-san reste une comédie romantique, qui joue parfois sur les clichés, utilise du fan service, et dont l’humour s’essouffle de temps en temps. Pourtant, il n’est pas moins vrai que Kotoura-san est une série qui tend quelquefois au dramatique, en approfondissant la personnalité de Haruka et ses difficultés relationnelles. On retrouve là un mélange des genres typique des mangas, qui d’après certains ne sait pas où il va, et d’après d’autres alterne bien entre légèreté et gravité.

Un autre angle intéressant pour penser l’œuvre peut être d’imaginer le pouvoir de Haruka. En effet, on le voit présenté dans différents contextes, qu’il s’agisse de voyance, de résoudre un mystère à la façon d’un détective, ou même pour jouer à pierre-feuille-ciseaux. Ce pouvoir peut mener à la tragédie, à la comédie et même à l’humour noir, surtout au moment de la séparation des parents… On apprend même au fur et à mesure les conditions de fonctionnement de sa capacité : par exemple, elle le perd à un moment de la série.

La formule visuelle reste générique pour une tranche de vie adaptée d’un yonkoma : la comédie intègre des expressions faciales que n’importe quel initié connaît par cœur, des disproportions comme le chibi, les couleurs sont vivantes — et contrastent avec fraîcheur quand le ton devient plus sombre (certains parlent de mélodramatique, mais le terme est un peu dur)… Et pourtant, les personnalités des personnages sont assez creusées pour élever la série parmi d’autres adaptations de yonkoma. Après, le format n’est en général pas connu pour sa profondeur.

Pour aborder brièvement la dimension sonore de l’animé, on peut souligner le dynamisme et la richesse en couleurs du générique de début, traduisant l’énergie et la gaieté de la série. Mais le générique de fin est plus calme (ne se composant que de cinq plans), bien qu’il progresse en intensité tandis que les paroles gagnent en positivité. Aussi, les doubleurs sont familiers et infusent d’âme leurs répliques : Yoshihisa est doublé par Jun Fukushima, connu pour doubler Kazuma dans KonoSuba (hiver 2016) ; Yuriko est doublée par Kana Hanazawa, Raphiel dans Gabriel DropOut (hiver 2017).

Kotoura-san est une œuvre ambiguë, qui impose un sentiment équivoque. Les différents genres cohabitent dans la série, mais pas vraiment avec harmonie : c’est clairement la comédie et la bonne humeur qui domine. On peut penser que l’animé gagnerait à être juste un petit peu plus sinistre. Si un humour qui utilise souvent le fan service comme moteur ne vous repousse pas, Kotoura-san est un animé dont le visionnage peut être une bonne expérience. Pour résumer en un chiffre mon sentiment, je note l’animé un 6 sur 10.

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