Vous avez forcément déjà entendu parler des Nekketsus, c’est quelque chose que vous n’avez pas pu rater, notamment dans la distinction que l’on peut faire entre un Nekketsu et un Shounen. Le shounen se définit par le public visé, les jeunes adolescents de sexe masculin, et est déterminé en fonction du magazine de publication de celui-ci, notamment le plus célèbre d’entre eux, le Weekly Shounen Jump, qui a accueilli pas mal d’œuvres du genre comme One Piece, Naruto, Hunter x Hunter, Dragon Ball, mais également des œuvres qui ne se rattachent pas vraiment au nekketsu, comme To-Love Ru, une série Ecchi assez populaire dans les années 2000 et encore connue aujourd’hui, Saiki Kusuo no Psy Nan une comédie fort sympathique avec des personnages parodiant les clichés de la classe lambda dans les animes ou encore Death Note, le parfait Joker pour dire que non tu détestes pas les Shounens quand tu dis que t’aime pas Naruto ou Bleach par exemple. On peut également citer le Weekly Shounen Magazine, qui a accueilli des œuvres très connues comme Hajime no Ippo ou le très célèbre (surtout en France) Fairy Tail, et qui actuellement voit plusieurs de ses animes adaptés qui ne font pas très Shounens tel qu’on peut l’imaginer, comme par exemple Gotoubun no Hayanome, un harem sur l’histoire d’un mec qui doit aider cinq sœurs à étudier (et dont même Crunchyroll a compris laquelle était la meilleure alors faites pas genre c’est pas Miku).

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Quand la vérité devient officielle !

Le mot Nekketsu désigne donc un sous-genre du Shounen s’articulant donc plus autour des œuvres d’Action/Aventure comme celles qui font généralement du bruit en dehors de la sphère de passionnés comme My Hero Academia qui s’est répandu comme des petits pains auprès d’un public très large, montrant que c’est un genre qui continue de garder un certain intérêt pour les lecteurs et spectateurs, et cela est normal car ce que font les Nekketsu sont quelque chose d’universel qui est fait pour toucher n’importe qui. Nous allons maintenant attaquer l’idée de récit initiatique et de voyage initiatique, car les œuvres jugés comme Nekketsu, et souvent les clichés associés à ceux-ci, ne sont en fait que des codes scénaristiques et valeurs transmises déjà appliquées par bien d’autres œuvres auparavant.

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Un récit initiatique ? Quel rapport avec le Nekketsu ?

Le récit initiatique met souvent en scène un personnage jeune et ignorant, naïf et plein d’espoir, qui doit surmonter un certain nombre d’obstacles durant un temps généralement long, afin de pouvoir évoluer et changer sa vision du monde, positivement ou négativement, ayant pour but de se rapprocher d’une force et d’un savoir qui pourraient être considérés comme supérieur. Il possède souvent un objectif qui le guide tout le long de l’œuvre, qui est énoncé tôt dans l’intrigue et qui change rarement au cours de celle-ci, afin de permettre au lecteur de rattacher cette évolution à une finalité précise et de l’investir dans les événements. Ce personnage, au fil de son histoire, peut remettre en doute ses espoirs face à une trop grande adversité ou un monde hostile face à son idéal, une dissonance entre lui et le fonctionnement de la société, pouvant le mener à changer ou alors à changer cette même société. Ces épreuves, appelées rites de passages, servent à un cheminement vers l’âge adulte, soit en faisant faire des erreurs au personnage principal pendant qu’il tend vers la maturité, introduisant parfois une rétrospective de son passé vers la fin de l’œuvre pour faire comprendre son évolution (procédé plus souvent présent en littérature classique), soit en le menant justement à ne pas se conformer à la société dans laquelle il vit. Ces rites peuvent être de tout type : Faire face à l’amour, à la haine, à l’amitié, à des adversaires puissants, au désespoir, voire à la mort, que ce soit de proches ou parfois la sienne dans des œuvres plus fantastiques. Souvent il y a un élément déclencheur à cette transformation du personnage principal. Un personnage qui va changer la vie du héros, lui apporter une nouvelle vision du monde et le pousser à partir à l’aventure ou à vivre des expériences qui le pousseront à changer, à l’aide de tous les éléments cités précédemment.

Petite histoire littéraire du récit initiatique.

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Le récit initiatique, ou voyage initiatique puisque le voyage est souvent un procédé utilisé pour permettre au personnage de se familiariser avec le monde qui l’entoure et mieux le comprendre, existe à tous les niveaux des récits dans l’histoire. 17 siècles avant Jesus-Christ, nous avions déjà l’épopée de Gilgamesh, une des œuvres littéraires les plus anciennes parmi celles que l’on a pu reconstituer. Ici on y suit l’histoire d’Enkidu, un être créé par les dieux pour pouvoir rivaliser avec un tyran à la puissance incommensurable nommé Gilgamesh. Ce personnage apprend à vivre dans une société qu’il ne connaît pas, puisque ses premières interactions avec le monde se firent avec les animaux et l’harmonie avec la nature. Ce personnage va évoluer, devenir ami avec ce tyran qu’il va aider à devenir moins dur avec son peuple, et ensemble, ils vont vivre des aventures jusqu’à défier les dieux et faire face à divers éléments de la vie comme leur profonde amitié, la lutte contre un personnage visiblement plus fort qu’eux, ou encore la mort elle-même. L’histoire d’Ulysse, dans l’antiquité, est une autre manière de montrer le voyage initiatique mais ici en faisant vivre au personnage principal des épreuves devenus fondatrices de beaucoup de mythes comme celui des sirènes, faisant affronter au guerrier sa propre témérité, ou les rencontres avec le cyclope, Calypso ou Circe, qui firent évoluer le personnage dans sa conception du monde durant les dix ans que prirent son retour à Ithaque, île où l’attend sa femme Pénélope. La ruse et la persévérance qu’il dû utiliser pour survivre à ces rites de passages, ces épreuves, le rendent plus sage et lui apportent une vision plus précise du monde et ce qu’il est en dehors des champs de batailles, le faisant lutter en permanence contre l’inconnu et le faisant évoluer vers un destin d’homme plus accompli. Comme j’ai pu l’expliquer ici avec deux textes, un fondateur et un très connu de l’Antiquité, le voyage initiatique et ses valeurs d’apprentissages du monde, ayant pour but de familiariser le lecteur avec ces expériences, existent depuis très longtemps dans l’histoire de l’humanité. Mais on ne retrouve pas forcément ces thématiques que dans des œuvres avec de l’action ou des épopées de héros légendaires.

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Ressortons les manuels de français, voulez-vous ?

Un aspect important du récit d’initiation est l’idée de roman d’apprentissage. On y retrouve exactement les mêmes éléments cités que précédemment, mais souvent plus utilisé dans les romans considérés comme de la littérature classique.. Ici l’accent est vraiment mis sur le développement psychologique du personnage face au monde qui l’entoure, avec une approche très humaine et très réfléchie sur le rapport que le personnage va entretenir au monde et aux expériences qu’il a vécu, dans un environnement souvent très réaliste. Le personnage commence souvent son histoire jeune ou sur le point de vivre une nouvelle expérience qui changera sa vie tranquille, contrairement aux deux exemples précédents où on avait des personnages déjà adultes, on manquait alors une partie de l’apprentissage qui est plus visible dans les œuvres romanesques que dans les mythes et légendes. J’ai choisi l’exemple du roman anglais Jane Eyre de Charlotte Brontë car je l’ai lu, mais on peut retrouver ces procédés chez des auteurs comme Gustave Flaubert ou Guy de Maupassant par exemple. On y suit l’histoire d’une orpheline, Jane Eyre, qui vit chez une tante qui l’a recueillie mais qui ne lui accorde aucune importance. Suite à un accident avec elle qui tourne mal, elle est envoyée dans un internat où elle se dirige très motivée et avec un profond désir d’apprendre et de s’émanciper de sa famille pour construire son avenir. On y voit déjà une base du récit initiatique, où le personnage qui amorce ce changement est la personne qui recommanda à la tante en question d’envoyer Jane dans un établissement reculé où elle va vivre diverses expériences qui vont la faire mûrir, avec l’idée qu’elle va partir découvrir le monde loin de l’environnement dans lequel elle a grandi. Ces expériences qui vont la faire évoluer en tant que femme, la mettant face à la maladie, à l’amour, à la désillusion, ect, seront la marque de son rite initiatique vers le statut d’adulte. Ces romans d’apprentissages permettent donc une identification auprès d’un jeune public, dont les récits, bien que n’étant plus à la même époque, peuvent encore faire écho à notre vie d’aujourd’hui.

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Passons, pour finir cette partie, à un dernier genre littéraire.

Un type d’écrits très propice au récit initiatique est le conte, avec ses personnages qui, contrairement aux romans, sont dépourvus de personnalité profonde mais servent à apporter une morale sur le monde qui les entoure de manière générale et avec une possibilité d’identification et d’appropriation du récit par le lecteur plus facile. Des œuvres comme Le Petit Chaperon Rouge ou le personnage principal du Chat Botté par exemple sont typiquement des personnages poussés à vivre des expériences qui vont changer leur vie. Souvent les morales sont moins globales et plus spécifiques, pourtant elles servent quand même à viser une amélioration de la vie du personnage en lui apportant une connaissance sur une erreur qu’il a faite, un peu comme une fable qui elle est un style qu’on ne peut pas tellement rattacher au récit initiatique. On a, dans le style de conte, l’histoire de Candide écrit par Voltaire, qui raconte l’histoire du personnage éponyme qui découvre un monde cruel et incompréhensible pour lui qui se veut innocent et dubitatif face à ses découvertes dans un monde où la misère règne. Ici nous avons un aspect bien plus noir du voyage initiatique, un jeune garçon chassé de son château, son « paradis », pour découvrir toute la laideur du monde. Viols, meurtres, injustices, trahisons, esclavage, ce conte nous plonge dans un monde où l’humanité est au plus bas, et nous livre un récit résolument violent, abordant quelque chose de nouveau dans mon explication qui est l’évolution négative de l’initiation au monde, ici ce ne sont pas l’effort, l’amitié, le savoir qui sont mis en valeur, mais la désillusion, la dureté de la société et le cynisme involontaire de Pangloss, le professeur de philosophie de Candide qui apporte toujours des réponses optimistes à des situations horribles .

« Pangloss lui expliqua comment tout était on ne peut mieux. Jacques n’était pas de cet avis. « Il faut bien, disait-il, que les hommes aient un peu corrompu la nature, car ils ne sont point nés loups, et ils sont devenus loups. Dieu ne leur a donné ni canons de vingt-quatre, ni baïonnettes ; et ils se sont fait des baïonnettes et des canons pour se détruire. Je pourrais mettre en ligne de compte les banqueroutes, et la justice qui s’empare des biens des banqueroutiers pour en frustrer les créanciers. — Tout cela était indispensable, répliquait le docteur borgne [Pangloss], et les malheurs particuliers font le bien général ; de sorte que plus il y a de malheurs particuliers, et plus tout est bien. » « 

Candide, ou l’Optimisme/Garnier 1877. Voltaire

Les codes du Nekketsu

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Qu’entends-je donc là ? Serait-ce enfin des noms de mangas ?

Mais pourquoi je parle de tout ça alors que c’est un article sur les Nekketsu ? Eh bien, le Nekketsu n’est qu’une variante de ces récits initiatiques qui sont un grand classique de la manière de raconter une histoire. Je vais maintenant enfin parler de manga en parlant du cas d’Hunter x Hunter, qui va me permettre de lier les deux thématiques. Dans le cas présent, Gon commence son aventure lorsqu’il apprend de Kaito, un élève de son père, qu’il est le fils d’un célèbre Hunter, premier procédé ici, la rencontre avec le personnage clé. Le premier rite de passage se situe dans le désir de sa tutrice de ne pas le laisser aller devenir un Hunter, en lui demandant de pêcher le poisson le plus massif des environs. Lorsqu’il y arriva, il partit à l’aventure et rencontra ses amis, pour accomplir le deuxième rite de passage qui sera l’examen Hunter, qui lui fera traverser diverses épreuves afin de pouvoir mériter le titre de Hunter. Tout cela dans le cadre de l’objectif final de Gon à savoir rencontrer son père dont il désire suivre les traces. De nombreuses histoires vont se mêler à ces aventures qui le feront mûrir et lui feront affronter des ennemis très puissants afin de pouvoir devenir plus fort, plus intelligent, lui faisant changer de maître et d’alliés au cours des différents arcs, et lui faisant vivre des expériences de tout type. Nous avons ici un pur récit initiatique faisant évoluer un personnage au départ jeune et naïf dans un environnement hostile afin de lui permettre de s’individualiser et d’apprendre de ces épreuves auxquelles il a fait face. Typiquement la définition que nous pourrons faire d’un Nekketsu.

Nous pouvons conclure que le Nekketsu dans sa structure n’est qu’un dérivé du récit initiatique et du roman d’apprentissage, sa volonté de transmettre au lecteur des valeurs qui lui permettront de vivre en société, de comprendre le monde qui l’entoure, de comprendre la valeur des expériences vécus et de ce que l’on peut en tirer, ici nous retrouvons la liaison entre ces deux genres que j’expose depuis le début de l’article. Pourtant, le Nekketsu contient également quelques « codes » à part, notamment autour de l’idée que le héros soit orphelin pour faciliter son émancipation et son départ à l’aventure, ou à la rigueur avec un seul parent comme Ichigo ou Izuku, de l’importance des entraînements dans l’évolution de l’histoire, des tournois qui prennent parfois une place prépondérante pour mesurer l’évolution des personnages entre eux comme le Chuunin Exam ou les Budokai Tenkaichi, voire construire le scénario autour de ce tournoi comme le méconnu Mär qui a pourtant bien exploité cette idée pour conserver une régularité de nombre de combats pour ses personnages, ou encore le fait que ses anciens ennemis deviennent ses alliés, notamment dans Dragon Ball où il y a quand même énormément de cas, entre Tenshinhan, Piccolo, Vegeta, les cyborgs ou encore Majin Buu. Ce n’est qu’une liste non-exhaustive des clichés représentés dans la vision que les gens ont du Nekketsu, cependant ceux-ci tiennent plus des procédés communs qui ont été observés dans les œuvres qualifiés de Nekketsu et qui y ont été associés à ses origines à partir de l’échantillon de l’époque, sans être des codes impossibles à briser.

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Attachez vos ceintures, on est reparti pour ne pas parler de mangas !

Cette idée de placer des concepts au centre d’un genre et de réutiliser cette codification entre les œuvres de ce même genre, on le doit en partie aux cavenas, des procédés utilisés au théâtre définissant les grandes lignes d’une œuvre qu’il convient ensuite aux comédiens de jouer comme ils le sentent et au gré de leur créativité tant qu’ils respectent ces bases scénaristiques qui sont repris entre les représentations ou entre les œuvres en elles-mêmes. Cette codification précise se retrouve de manière encore plus spécifique et généralisée dans l’idée de monomythe. Concept créé par Joseph Campbell à la fin des années 1940s, il est contesté par ses confrères mythologues cependant je trouve intéressant l’idée de l’évoquer car cet homme a créé des règles qui définissent ce qu’on trouve dans tous les procédés scénaristiques de mythes et légendes, qui seraient tous des voyages de héros, et le Nekketsu est largement inspiré de cette idée qui a également inspiré l’écriture de Star Wars par exemple. Je vais d’ailleurs développer cette idée en adaptant les 12 étapes de l’écriture selon Christopher Vogler, écrivain et analyse pour les studios d’Hollywood, au Nekketsu. Ses travaux sont la continuité de ceux de Campbell et sont aujourd’hui utilisés à Hollywood comme base d’apprentissage pour comprendre comment écrire un récit. Je vais donc mettre en parallèle ces règles avec le manga Shaman King :

  • Étape 1 : Le Monde ordinaire. Le personnage doit être montré avant d’être mis face à son nouveau monde, ses nouvelles expériences, afin qu’on puisse se familiariser avec. Ici Yoh est d’abord montré à travers le regard de Manta, un nouveau camarade de classe, qui le voit comme un garçon normal, avant de découvrir que non, la vie de Yoh n’est pas commune, puisqu’il est un shaman.
  • Étape 2 : L’Appel de l’Aventure. La mise en avant du problème ou de l’objectif du héros, qui vont le guider tout le long de l’oeuvre. Ici, c’est de remporter le Shaman Fight, un tournoi qui se déroule tous les 500 ans et dont tous les Shamans rêvent puisqu’il permet d’obtenir le droit de fusionner avec l’esprit ultime, le Great Spirit.
  • Étape 3 : Le refus de l’appel. Le personnage doit prendre peur (de l’inconnu), douter de l’utilité de sa quête. Ce refus peut être subtil, mais doit marquer un tournant de l’histoire. Ici c’est même carrément subtil car il est marqué par la flemme de Yoh de s’entraîner, refusant donc de faire des efforts pour atteindre son objectif qui en demande pourtant beaucoup.
  • Étape 4 : La Rencontre avec le Mentor. Le héros rencontre un personnage qui va l’entraîner, le motiver, le guider, bref, tenir un rôle majeur dans son évolution. Ici il s’agira de la fiancée de Yoh, Anna, qui veut que son futur mari se bouge les fesses pour gagner le Great Spirit et n’avoir plus qu’à profiter du confort de vivre avec l’homme le plus fort du monde, et qui l’entraînera donc d’une main de fer.
  • Étape 5 : Le Passage du premier seuil. Le moment où tout commence réellement, où le personnage est plongé dans le monde extraordinaire. Ici c’est le premier tour du Shaman Fight qui joue ce rôle, lui offrant ses premiers combats et les premiers enjeux de l’histoire.
  • Étape 6 : Les épreuves, les alliés et les ennemis. Les péripéties, pas besoin de détailler je pense.
  • Étape 7 : L’Approche du cœur de la caverne. Le lieu où va se dérouler la fin de l’histoire, celui de tous les dangers. Ici c’est le dernier tour du Shaman Fight, se déroulant au lieu où repose le Great Spirit. Le combat final approche.
  • Étape 8 : L’épreuve suprême. Le plus grand danger est face au héros, et le surmonter marquera la fin de son périple. Ici il s’agit de vaincre Hao, son ancêtre à la puissance incommensurable et écrasante.
  • Étape 9 : La Récompense. L’accomplissement de l’objectif qui justifiait la quête. Bon bah, no spoil hein !
  • Les étapes 10, 11 et 12 ne sont pas présentes dans Shaman King selon moi, voire pas vraiment dans les mangas. C’est donc difficile de les expliquer !

Afin de développer cette liste et ces procédés, que je n’ai décris que brièvement ici, je vous invite à lire l’article qui m’a servi de guide pour cette explication.

Si j’ai voulu en parler c’est pour vous exposer ensuite d’où vient le Nekketsu en lui-même. Si des gens ont défini les rites initiatiques dans la culture artistique ou les monomythes dans la construction des mythes et légendes, alors qui a intégré l’idée de Nekketsu comme sous-genre du Shounen centré sur cette initiation à la vie à travers l’adversité et des codes mettant en valeur l’effort, l’amitié ou la liberté ?

L’origine du terme

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Attend quoi ?!

C’est une réponse difficile à apporter puisque le Nekketsu ne sort d’absolument nulle part. Le sens du mot, « sang chaud » ou « sang bouillant » est très exact, mais retrouver des traces de l’origine du terme est complexe voire impossible, déjà pour une raison simple c’est que c’est un terme français. On ne retrouve aucune trace de ce terme sur le Google anglais ou américain même en faisant une dizaine de pages, ce qui est étonnant face à la popularité du terme et son utilisation abondante sur celui français, et la seule trace anglaise c’est une erreur de demande sur le site MyAnimeList qui a mené au conseil de Dead Tube et un méchant du dessin animé Kirby qui s’appelle Nekketsu, on est loin du genre. Je ne pense pas qu’il existe en japonais non plus déjà pour ça mais aussi pour l’absence de traduction qui en parle sur le mot Nekketsu. En remontant Wikipédia j’ai réussi à placer la première apparition du terme en 2007, mais j’ai aussi un lien de 2006 qui cite ce mot, et je n’ai pas vraiment réussi à creuser plus, c’est difficile de remonter à l’origine du mot qui s’est popularisé un peu du jour au lendemain, et j’ai moi-même cru naïvement que c’était sérieux alors que ça sort de chez nous,c’est pas vraiment professionnel et seulement propice à se la péter car on connaît le terme.

Archive Wikipédia du 28 Juillet 2007.
Archive Wikipédia du 9 Août 2007.

On peut retirer une chose intéressante de ces deux liens d’archives, qui montre à quel point l’apparition du terme est étonnante. Il apparaît dans un espace très court sur la page du Shounen, mais si l’on regarde en détails les informations données par les pages, on retrouve les mêmes codes (ou presque), les mêmes exemples, les mêmes commentaires, mais cette fois-ci classés en différents genres. Il n’y a eu aucune progression entre les deux états de la page, elles se suivent dans les archives. On a donc pu voir se regrouper tous les « codes » du Shounen dans un terme, le « Nekketsu », sans aucune nuance, simplement pour séparer les shounens du genre One Piece, Naruto, Saint Seiya, des shounens plus matures comme Death Note (d’ailleurs la page a été modifiée un mois et quelques après la fin de diffusion au Japon de Death Note) ou ceux typés Ecchi comme Love Hina ou To-Love Ru évoqué en début d’article, publié et diffusé un an plus tard en 2008.

http://dioscures.canalblog.com/archives/2006/11/26/3268543.html
En commentaires, on peut observer l’emploi du mot « Nekketsu » comme s’il était courant. 

J’ai vérifié encore plus cette idée avec un sondage dans mon entourage dont les réponses assez disparates m’ont surprises avec beaucoup de contradictions sur ce qu’était un Nekketsu, des fois on me refusait Bleach car y’a pas cet objectif du héros qui le guide, Jojo pour le manque d’entraînements des personnages ou le plus comique c’était My Hero Academia et Hunter x Hunter qui sont pas des Nekketsu car « le héros est pas con », c’était pas mal ça comme réponse. On peut donc en conclure que ce genre n’est même pas clair, on n’observe pas les mêmes définitions ou les mêmes oeuvres selon les personnes. Et ce terme n’était même pas accepté par certaines personnes ayant répondu au sondage (faisant souvent partie (au moins du Discord) d’une association appelée Thalie, qui font des animations en conventions autour des mangas et des animes, donc bercés dans ce monde). Pourquoi un terme aussi connu n’exprime pas la même chose pour tout le monde, n’ayant pas de définition précise autre que celle que Wikipédia ou Youtube lui accorde, rien qui unifierait tout le monde comme des termes « Science-Fiction », « Fantasy » ou « Bit-Lit », qui sont aussi des classifications d’oeuvres plus ou moins codifiés, le font ? Car il sort de nul part.

Le nekketsu plus loin qu’on ne l’imagine ?

Le Nekketsu, ce n’est pas un genre à probablement parler mais quelque chose de vaste et codifié, un terme un peu barbare inventé chez nous pour désigner One Piece ou Naruto, mais avec des éléments bien plus vastes et touchant à toute œuvre de rite initiatique, rajoutant simplement des bases plus générales à partir de ce qui a pu être retrouvé comme point commun dans plusieurs Shounens. Cependant, les valeurs Nekketsu comme la mise en valeur de l’amitié ou de l’effort on ne les retrouve pas que dans les Shounens populaires dans le monde des animés et mangas, un exemple souvent revenu dans mon sondage étant l’animé Tengen Toppa Gurren Lagann, un animé original très dynamique où la volonté des personnages de monter toujours plus haut, commençant l’histoire sous Terre pour aller jusque dans l’espace, avec toujours ce désir de réaliser l’impossible simplement par la force de la volonté, donne un esprit très Nekketsu aux personnages. Une œuvre moins centrée sur l’action est Rainbow, où la force de l’amitié qui surpasse tous les obstacles et la volonté de se reconstruire de jeunes prisonniers en maison de redressement dans un Japon post-Seconde Guerre Mondiale possède des valeurs très fortes et très touchantes, apportant une leçon de vie très proche des récits initiatiques romanesques. Je le disais pour rigoler mais même sans aucune violence, le slice of life Aria correspond aux éléments du mythe initiatique, une jeune fille qui part loin de chez elle pour accomplir son rêve de devenir une Aria, une gondolière professionnelle, dans une ville merveilleuse appelée Néo-Vénézia, inspirée de Venise, où elle possède une mentor, des amis et des entraînements pour accomplir son objectif, ainsi que des expériences qui la feront grandir en tant que personne.

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Ah, enfin fini ?

En conclusion, le Nekketsu peut aller bien plus loin que les premières visions que l’on peut en avoir si on ne se centre pas sur sa forme, mais sur les valeurs qu’il veut transmettre, les valeurs de jeunes personnages qui veulent forger leur destin et accomplir un rêve par la force de l’effort, de la volonté et des rencontres qu’ils feront, positives ou non, afin de devenir des adultes et des personnes meilleure et accomplies. C’est ça, dans le fond, un Nekketsu, et cette construction ne remonte pas à Tezuka avec « La Nouvelle Île au Trésor », mais depuis l’Antiquité et même avant. Le Nekketsu dans la culture d’aujourd’hui ne sont qu’une représentation de ces idéaux et apprentissages, qui veulent toucher un public jeune et universel pour leur montrer l’effort, la détermination, et les pousser à ne pas abandonner leur rêve car c’est avec ces espoirs, et malgré les déceptions et les défaites, qu’ils pourront devenir des adultes épanouis. Voilà pourquoi le Nekketsu est un genre qui est encore populaire aujourd’hui, car il est universel, ses valeurs et ses visées sont universelles et ont maintes fois été définies dans le monde de l’art et pas seulement du manga. Voilà pourquoi on continuera d’avoir des My Hero Academia ou des One Piece, et leur réussite ne dépendra que de la force de l’auteur dans sa volonté de transmettre ces espoirs à ses lecteurs.

Le mot de l’auteur

Je tiens à remercier toutes les personnes qui ont pu m’aider à réaliser cet article, que ce soit en discutant avec moi, en répondant à mon sondage, en le relisant, et même simplement à vous qui venez de le lire en entier. J’ai beaucoup divagué autour de mon thème qui est le Nekketsu, et j’espère que cet article vous aura appris des choses, fait réfléchir sur le rôle de ce genre, et aussi sur les parallèles qu’on peut en faire avec tout autre type d’oeuvre. Bref, j’espère que ça vous a plu et instruit ! (Ce serait dommage, la lecture est longue !)

Je veux juste rappeler avant de finir que je ne suis qu’un amateur qui propose le résultat de quelques recherches, et sur ce qu’il en a conclu d’un point de vue intellectuel. Je peux faire des erreurs, nous pouvons être en désaccord, vous pourrez discuter avec moi en commentaire ou sur Discord si nécessaire, mais je vous prie de prendre cet article avec bienveillance puisqu’il s’agit d’un travail de fan d’animation japonaise et de mangas et non de résultats d’un analyste professionnel des procédés d’écriture des œuvres de fiction. Voilà voilà.

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