En Occident, Touhou n’est en fait que la face visible de l’iceberg du danmaku. Mais d’abord, qu’est-ce que ce terme veut dire ? « Rideau de projectiles », assez poétique pour évoquer la beauté qui accompagne l’enfer du joueur (on parle en anglais de bullet hell). L’image illustrant l’article illustre Yakumo Yukari, un personnage de Touhou Project utilisant des sorts : c’est un boss de fin de jeu.

Mais pour comprendre le shoot’em up, la racine du danmaku, il faut en revenir à l’histoire du jeu vidéo. D’après Team Shmup’Em-All, qui anime une chaîne en activité depuis 9 ans et publie des podcasts sur le genre, le premier jeu vidéo canonique du genre est Space Invaders (un jeu d’arcade créé par le développeur japonais Tomoshiro Nishikado en 1978, manufacturé et vendu au Japon par Taito), et le genre s’est d’abord défini simplement par « un vaisseau qui tire sur des vagues d’ennemis ».

Il faut dire qu’une des propriétés des tirs des shoot’em up japonais est leur lenteur relative. « Les projectiles dans les danmaku ont tendance à être plus lents mais bien plus nombreux : selon l’attaque, les projectiles de l’ennemi peuvent ainsi se disperser sur la totalité de l’écran, couvrant alors la majeure partie de la zone de jeu. », nous explique le Touhou Wiki.

Qui ajoute aussi quant au manic shooter : « Le terme « manic », de son côté, désigne des jeux au gameplay dynamique où les temps de réactions courts sont récompensés (par opposition aux esquives lentes et méthodiques des « enfers de projectiles »), et ceci en raison de la nature très frénétique des jeux. ».

Ce qui veut dire que les obstacles occupent plus longtemps l’espace, ainsi que les motifs qu’ils forment. On peut donc éprouver un certain plaisir esthétique à contempler les motifs propres à un ennemi individuel, ce qui rappelle assez les feux d’artifice. On peut d’ailleurs rapprocher ces motifs à l’art génératif, « une création artistique généralement numérique se basant sur des algorithmes pour concevoir des œuvres se générant d’elles-mêmes et/ou non déterminées à l’avance ».

D’après aexons, utilisateur fréquent de SensCritique, on peut résumer ainsi le danmaku : « Le danmaku ou manic shooter, est un genre de jeu […] assez méconnu en France, et qui consiste à survivre seul face à un véritable déferlement de tirs ennemis. La hit box (zone [… du sprite du joueur] qui, si touchée par les tirs, fait perdre une vie) est souvent réduite à quelques pixels, et l’utilisation de bombes peut rendre invicible quelques secondes, ce qui permet de progresser dans le jeu. Néanmoins, le genre reste très difficile d’accès pour qui n’a jamais joué à un shoot’em up. Si je devais résumer le danmaku, j’appellerais ça « le jeu qui te garantit trois crises d’épilepsie par seconde ». ».

Mais le principe du danmaku n’a pas à se limiter au shooter. Après tout, c’est bien les motifs des tirs qui donnent au genre son sens. Ainsi, dès qu’il peut être question d’esquiver des obstacles mobiles — qui n’ont pas tous à viser le joueur en particulier, les tirs inutiles ayant une valeur esthétique ou dissuasive —, on peut revendiquer une proximité de genre avec le danmaku. Ce qui a donné lieu à une hybridité héritant du danmaku.

Le développeur IDoZ, qui poste des vidéos sur sa création vidéoludique depuis 2013, définit en ces mots son projet de rogue-like RPG  : « C’est un nouveau projet qui mélange mon ancien Project KATANA [qui a fait l’objet d’une série de vidéos] avec un côté plus bullet hell, et qui utilise une génération de cartes à la Binding of Isaac avec des salles générées aléatoirement. ».

Et récemment, ce sont les jeux de combat qui ont été pensés à la manière danmaku. On peut mentionner Acceleration of Suguri 2 (2018), ou même Maiden and Spell (2020). Sur le site officiel de Maiden And Spell, ainsi sont décrites les influences qui ont mené à la conception du jeu : « Maiden and Spell est un jeu de combat danmaku en face-à-face. Jusqu’à 2 joueurs se battent en utilisant une diversité d’attaques magiques pour se défendre. […] Son style s’inspire des jeux doujin japonais, avec pour combattantes des personnages féminins au style animé, et une esthétique mignonne et légère rappelant les JRPG de fantasy. ».

En parlant d’Acceleration of Suguri 2, un « jeu de combat shoot’em up rapide comme l’éclair d’Orange Juice », le jeu a fait l’objet d’un événement annoncé le mercredi 10 février 2021, Quarantine 3, un tournoi officiel organisé pour un cash prize de 100 $. Quant à Maiden and Spell, le seul développeur du jeu a annoncé sur Twitter le portage du jeu sur la Switch le 25 février. Sans compter la toute récente annonce de ZUN quant à Touhou 18: Unconnected Marketeers, dont la version commerciale est prévue pour mai 2021 ! Restez donc à l’affût du genre, qui est loin de n’être plus d’actualité.

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