Nous en sommes bientôt à la moitié de la saison. Certains fans d’animés ne se concernent pas vraiment de ce qui se fait au jour le jour dans l’industrie nippone : ceux-là vivent à leur rythme, préférant sans doute le binge au hype train. Mais un des plaisirs assez répandu chez les otakus partout dans le monde, ça reste de se faire un programme au début de la saison, et de regarder un certain nombre de saisonniers.

Avec les progrès du sous-titrage et l’internationalisation des droits de diffusion, il est désormais possible de suivre ses animés en simulcast aux rythmes des chaînes japonaises. Cette facilité d’accéder à des séries hebdomadaires, aux formats, genres et exécutions faites pour ce rythme, favorise souvent un engouement des communautés. Et c’est ainsi qu’il est désormais dans les mœurs des weebs les plus interconnectés de débattre et partager à propos d’animés en diffusion, que ce soit sur des réseaux sociaux spécialisés (entièrement, ce serait AniList ou MyAnimeList ; ou à un certain degré, un peu comme sur Reddit ou Discord) ou généralistes (Twitter ou Instagram par exemple).

C’est à des occasions pareilles que l’on découvre ce qu’il reste des idées de culture participative associée à l’avènement d’Internet, notion forgée par Jenkins en 1992. Encore faut-il que les œuvres soient assez populaires pour faire culture, c’est-à-dire offrir un spectacle capable d’à la fois rassembler et diviser. Les animés dont cet article parlera sont loin d’être les plus mémorables de la saison, aussi est-il intéressant d’en parler. Ce qui formera un panaroma, le tout visant à avancer l’intérêt de chacun des titres présentés.

Au programme, une production nous invitant à considérer la réalité économique et culturelle de l’animation comme secteur de rayonnement régional au Japon. Puis un animé portant sur une esthétique du son révolutionnant le rapport à la japanimation comme matière sonore. Suit un animé de sport portant sur un sport unique dans une dimension récemment populaire, sous l’angle de sa féminisation. Une comédie romantique aux tons historiques, parlant du handicap et de l’exil à l’ère Taishô en 1921, marquée par la démocratisation successive à l’ère Meiji. Enfin sera abordé une série rappelant la scène des groupes de visual kei (fusionnés à une thématique vampiriste), aux costumes bariolés à la manière d’un théâtre kabuki exubérant pour un public bourgeois.

Shikizakura, un original produit par le studio Sublimation, est un animé télévisé d’une saison de 12 épisodes. Ses genres sont l’action, l’aventure, le drame et la science-fiction. Cet animé est impopulaire, avec à l’heure d’écriture une note de 5,4 sur MyAnimeList, et la raison est probablement l’animation majoritairement en 3D, à laquelle on pourrait croire que les gens commencent à s’habituer. Ce qui est sûrement le cas, quand la 3D se respecte, comme c’est le cas des animés BanG Dream! produits par SANZIGEN. Voici le synopsis donné par Nautiljon : « Shikizakura est un projet original produit par la chaîne de télévision Chukyo TV et le studio d’animation Sublimation (3DCG). À noter que la série animée sera un mélange entre de l’animation “2D” et 3DCG. Miwa Kakeru, l’unique survivant d’une terrible catastrophe ayant eu lieu huit ans plus tôt, mène aujourd’hui une vie de lycéen paisible. Un beau jour, il se retrouve au beau milieu d’un affrontement entre des démons et des humains équipés d’armures motorisées. C’est alors qu’une mystérieuse entité lui propose un marché. ».

Pourquoi parler de cette série si c’est pour dire qu’un animé au synopsis peu alléchant possède une animation à la qualité si abyssale que personne ne s’y intéresse ? C’est parce qu’en fait, il y a également un envers du décor. Le secret est Nagoya. Il s’agit d’une ville importante au Japon, par sa superficie comme par sa taille. Chukyo TV y possède ses studios. À noter que May’n (la chanteuse ayant inspiré Konomi Suzuki et Asaka) comme Asaka (visant également à chanter comme Konomi Suzuki), chantant l’une le générique de fin et l’autre de début, viennent également de Nagoya. En d’autres termes, Shikizakura est une production animée qui vise à promouvoir une japanimation régionale venue de Nagoya. Ce qui invite à considérer l’animation comme moyen culturel pour faire rayonner une localité, ce qui rappelle Zombie Land Saga, popularisant des lieux de la préfecture de Saga, au nord-ouest de l’île de Kyushu.

180 Byou de Kimi no Mimi wo Shiawase ni Dekiru ka? est peut-être un titre dont vous aurez entendu parler. D’après Nautiljon, c’est « un anime centré sur le thème de l’ASMR permettant aux téléspectateurs de découvrir l’ASMR en 180 secondes. L’histoire tourne autour d’une héroïne qui met ses camarades de classe au défi de partager son hobby d’enregistrer des œuvres d’ASMR. ». C’est un slice of life très court — en fait c’est même dans le nom — produit par EKACHI EPILKA et Indivision. La révolution sonore, c’est d’introduire une primauté de l’auditif sur le visuel, transformant l’audiovisuel et sa localisation spatiale. En effet, il est recommandé pour voir cet animé de porter un casque audio, ce qui semble discordant avec une diffusion télévisée. À l’écran parle une fille à travers le microphone-oreille, et l’oreille concernée transmettra le son au spectateur. Le fait que le titre ne propose pas vraiment plus de profondeur narrative n’en fera sans doute qu’une anecdote esthétique de l’histoire, mais qui sait si cette déconstruction auditive n’inspirera pas d’autres producteurs ?

PuraOre! Pride of Orange, d’après Wikipédia, est un « projet multimédia produit par CyberAgent et DMM Games sur les filles jouant au hockey sur glace. Un jeu mobile sortira en 2021 et une série télévisée animée produite par CAAnimation et C2C a été créée en octobre 2021. ». L’animé est un slice of life, une comédie et traite également de scolarité. On peut en plus noter les thèmes du sport et de la musique, car une autre dimension idole est introduite. Nouveauté qui a notamment déçu un reviewer Canadien, parce que le hockey est un sport national là-bas.

Ce qui est intéressant avec PuraOre! Pride of Orange, c’est de faire le choix de présenter le hockey sur glace, joué par des filles. Quand on pense au sport au Japon, on pense au baseball, ou en tout cas pas à un sport d’hiver. C’est donc une innovation assez unique d’aborder ce sport sous l’angle de sa pratique féminine. On peut imaginer que la stratégie commerciale d’un jeu mobile (surprenamment un gacha !) ainsi que d’une partie idole avec de la performance (peut-être un rapport au patinage artistique ?) peuvent être deux méthodes d’attirer des spectateurs japonais vers un inconnu qui peut apparaître rebutant par une féminité spectaculaire déjà dans les mœurs. L’idée d’aborder les sports féminins est assez nouvelle, ce qui rappelle Sayonara Watashi no Cramer animé ce printemps par LIDENFILMS (le manga était déjà prépublié en 2009).

Taishou Otome Otogibanashi est une comédie romantique de 12 épisodes, animée par SynergySP, dont les genres sont la comédie, le drame, la romance, l’historique et le slice of life. Son synopsis d’après Nautiljon : « Basé sur le manga Taishou Otome Otogibanashi de Kirioka Sana. L’histoire se déroule durant l’ère Taishô où nous suivons le quotidien de Tamahiko Shima, un jeune homme qui a perdu l’usage de sa main droite dans un accident, et qui vit désormais dans une zone rurale de la préfecture de Chiba après que sa famille l’ait abandonné. Un jour, il fait la rencontre de Yuzuki, une charmante et rayonnante personne qui a été achetée par le père de Tamahiko pour devenir sa femme. Grâce à cette rencontre, le pessimiste et renfermé Tamahiko commence à changer. ».

Ce synopsis en dit assez long sur l’intérêt de l’animé : on remarque la dureté de l’époque avec l’handicap du protagoniste, les dynamiques entre urbanité et ruralité avec son exil dans une villa, les inégalités économiques poussant une mineure scolarisée à être achetée contre une dette familiale. Comme les comédies romantiques (surtout accompagnées du genre du drame) peuvent être assez fertiles du côté du développement de la relation, ce qui en fait à première vue tout l’intérêt, on peut se dire que le thème historique permetta des différences puissantes par rapport aux comédies romantiques contemporaines. Et ce que ce soit à un plan moral, politique, social, économique ou même du point de vue des objets de la vie de tous les jours, la technologie ayant transformé notre rapport au monde en un siècle.

Visual Prison, animé tranche de vie, fantastique et surnaturel, parle de musique avec des vampires. Produit par A-1 Pictures, il s’agit d’un original de 12 épisodes en simulcast sur Wakanim. D’après Nautiljon, « Il s’agit d’une série animée originale dépeignant les musiciens de visual kei comme des vampires. L’histoire commence lorsque Ange Yuki, un garçon solitaire sans famille, se rend à Harajuku pour voir son artiste préféré. En arrivant, il assiste à une intense bataille musicale entre les groupes Eclipse et Lost Eden. Alors qu’il est submergé par la performance énergique des deux groupes, Ange est soudainement frappé par une douleur intense au coeur… ». Ce qui est intéressant avec cet animé est de découvrir le visual kei, la performance musicale n’étant pas particulièrement novatrice dans la japanimation.

Ce fut un bref portrait de ce qui se faisait d’inhabituel et de souterrain dans l’industrie de la japanimation, mais on peut remarquer que certaines dynamiques uniques s’y dégagent : l’animation pour le rayonnement culturel, au service de la féminisation des sports, servant à découvrir l’amour selon la lecture d’un autre temps, illustrant un autre rapport à la sonorité ou même sensibilisant à une sous-culture musicale. Peut-être que cet article parviendra un minimum à changer le cours de l’histoire pour des œuvres qui semblent prêtes à l’oubli.

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