Petite précision avant de lire : le rédacteur de l’article se spécialise d’ordinaire plus dans l’animation japonaise. Du coup, les anime seront plus concernés que les manga ou autres médias par l’article. Et pourtant, cela ne veut pas dire qu’un fan de manga, de light novel ou de visual novel perdra son temps à la lecture de l’article ! Car il existe aussi des statistiques pour les lecteurs de romans ou de manga. Peut-être moins, à vrai dire, pour les joueurs purs…

Par exemple, ce qui est vrai des notes d’anime sur MyAnimeList est vrai des notes de manga. Et les statistiques des manga sur AniList, à vrai dire plus complètes (et lisibles !) que leurs équivalentes sur MyAnimeList, possèdent un réel intérêt, par exemple pour analoguer et répertorier les manga entre eux selon des tags (en plus des genres), comme politics, iyashikei (healing, ce qui se réfère à une sorte de slice-of-life aux intrigues peu stressantes, qui a tendance à calmer l’audience), ou anti-heros.

    
               

 

Quelques-uns des tags associés au manga Tonikaku Kawaii, sur AniList. Si l’on survole au curseur un tag en particulier, un résumé s’affiche, et l’on peut décider du degré d’importance qu’on accorde à un tag. Le pourcentage d’un tag a l’avantage d’être, sur les pages les plus consultées, soumis à plusieurs votes, devant donc faire consensus.

Au début, la culture japonaise a peiné à s’exporter en Europe. C’est l’histoire d’un temps ancien, qui date même d’avant la naissance de pas mal d’entre nous. Quand les anime traversaient entre des mains clandestines, pour faire l’objet de traductions amatrices. Bien avant le streaming moderne, la distribution commerciale légale, avec Netflix et Crunchyroll.

Pourquoi commencer un article sur les statistiques par une anecdote historique ? Pour en revenir à un point qui n’a, lui, pas changé.

Le consommateur, qu’il soit néophyte ou initié, ne possède pas tant d’informations que ça. L’animation japonaise, la sous-culture otaku, les visual novels, les light novels, les manga, les jeux vidéo : tout cela, ça représente des masses incommensurables d’œuvres, de personnages, de marchandises, de studios, de professionnels…

 

     Au commencement, étaient les indicateurs.

 

Et qu’est-ce que les statistiques viennent faire dans tout cela ? D’abord, introduisons la notion d’indicateur. Wikipédia nous dit : « Un indicateur est un outil d’évaluation et d’aide à la décision, élaboré à partir d’un élément mesurable ou appréciable permettant de considérer l’évolution d’un processus par rapport à une référence. ».

À froid, comme ça, ça ne veut pas dire grand chose… Un exemple vaut mieux qu’un long discours. L’indicateur, c’est un outil, un chiffre comme un pourcentage, qui montre une qualité donnée ou son évolution dans le temps. Comme, par exemple, la note moyenne d’un anime donné, et comment elle a évolué de façon hebdomadaire entre chaque épisode et le suivant.

Si on prend Jujutsu Kaisen, un anime diffusé en simulcast cette saison (automne 2020), 4 épisodes ont déjà été diffusés. En utilisant Anime Stats (à l’URL Anime-Stats.net), on peut voir l’évolution des notes moyennes des principaux sites permettant de lister ses anime vus, et ceci entre chaque épisode.

Comme cela, on peut apprendre qu’à l’épisode 1 de Jujutsu Kaisen, le vendredi 9 octobre à 16 h 35, MyAnimeList notait la série à 8,04. Le 23 octobre, l’épisode 3 étant diffusé, l’anime passait à 8,23.

 

 

Jujutsu Kaisen vu depuis Anime Stats. On voit en effet un gain de popularité entre le premier et le troisième épisode. (Cliquer pour mieux voir.)

 

Ce qu’on apprend de cette évolution, c’est que sur un site connu pour faire référence en termes de popularité, l’anime a relativement fait l’unanimité, et a même gagné une réévaluation positive.

D’ailleurs, si vous avez un peu traîné autour de la communauté otaku, vous avez peut-être entendu parler de la règle des trois épisodes. Comme son nom le suggère vite fait, la règle dicte que pour bien juger d’un anime, il faut au minimum en avoir vu trois épisodes.

 

Qu’est devenue la règle des 3 épisodes ?, par le YouTubeur Glass Reflection le 6 août 2017.
 

Comme la majorité des anime diffusés chaque saison dure 1 cour (entre 10 et 14 épisodes, nous en informe une chronique de MANGA.TOKYO), et qu’un cour dure 12 semaines, la majorité des anime saisonniers font 12 épisodes. Donc, pour bien juger d’une série, il faudrait en voir 25% au moins.

Bien sûr, le premier épisode, au même titre que l’incipit d’un roman ou que le pilote d’une série télévisée, doit dans le principe faire accrocher son audimat. Du coup, on peut formellement s’opposer à la règle des trois épisodes en se disant qu’au fond, si la direction se rate sur un élément aussi primordial, ça ne suggère rien de bon pour la suite.

 

     Les notes des sites communautaires, indicateurs subjectifs d’une qualité plus ou moins objective.

 

Pour faire une bonne transition efficace, revenons-en aux notes MyAnimeList. Ces dernières, si la règle des trois épisodes vous inspire une potentielle perte de temps, vous sauveront la mise ! Pourquoi ? Car, tandis qu’on peut noter pour son propre compte un anime, chaque note individuelle compte dans la moyenne des notes totales à une seule condition : il faut avoir vu un pourcentage spécifique des épisodes totaux d’une même série. Ce pourcentage est de 20%.

Il possède par contre un effet pervers : pour les long-runnings comme Naruto: Shippuden, qui fait 500 épisodes, il faut avoir vu 100 épisodes pour noter l’anime. Dans les faits, 100 épisodes, c’est plus de 36 heures. Si quelqu’un a pu supporter 36 heures le même anime, il est plus que possible que sa note soit ou positive, ou du moins neutre.

Mine de rien, nous avons bien avancé au cours de ce périple ! Nous avons déjà découvert un indicateur, son élaboration et son utilité principale. Les notes des sites les plus populaires, qu’il serait plus pertinent d’appeler agrégateurs (mot barbare pour dire une masse de grandeurs, comme des données), sont calculées à la suite de votes individuels par les différents utilisateurs (selon des échelles parfois différentes : sur MyAnimeList c’est 10, sur AniList c’est 100), et servent à juger d’un coup d’œil si un anime est bon, nul ou excellent. Ce qui est réducteur, mais un indicateur n’autorise qu’une approche superficielle.

 

     Les ventes du source material ainsi que des produits dérivés, qu’ils soient light novels, manga, disques Blu-ray ou autre.

 

Ensuite, passons à un autre indicateur, qui, s’il apparaîtra au premier abord sans réel rapport avec l’animation, en entretient en réalité un puissant. Il s’agit des ventes du source material, de ce qui est adapté. Évidemment, pour les fans de manga ou de LN avant tout, ce sont les nombres les plus importants, qui déterminent l’interprétation des professionnels quant à leur place sur le marché.

Pour faire clair, on parle ici des ventes de LN, de manga, de disques Blu-ray, de figurines, de dakimakura et autres goodies. Et là, les chiffres sont plus difficilement accessibles que sur des sites agrégateurs et publics. Il existe néanmoins des façons possibles d’y accéder.

Oricon, selon Wikipédia, est une « société japonaise qui fournit des statistiques de vente et des actualités en relation avec l’industrie du divertissement (musique, livres, mangas, DVD) […] fondée en 1999, [… et]  particulièrement connue pour ses classements musicaux annuels et hebdomadaires. ».

Pour ceux que cela intéresserait, la page Wikipédia anglophone est un peu plus complète que celle francophone, et parle notamment d’une poursuite en justice déclenchée par l’entreprise, qui sera éventuellement annulée. Cette poursuite en justice avait pour motif la diffamation, parce qu’un journaliste accusait dans un article l’entreprise de manipuler les classements musicaux pour favoriser certaines agences.

Bref, Oricon fournit exactement ce dont on parlait d’obtenir : des statistiques sur les ventes des divers produits du divertissement, incluant les DVD, les livres (donc les LN), et les manga. Cependant, l’entreprise vend ces données contre un abonnement. Heureusement pour nous, les données vendues par Oricon font l’objet d’analyses fréquentes par deux sites : Erzat.blog et SomeAniThing.com.

 

                           

Voilà à quoi ressemble un article d’Erzat.blog utilisant les données d’Oricon. Extrait de l’article « Japan Top Weekly Anime Blu-ray and DVD Ranking: October 19, 2020 ~ October 25, 2020 » écrit le 29/10/2020 sur Erzat.blog. (Cliquer pour bien voir.)  

 

Par le passé, MyAnimeList.net fournissait aussi les données compilées par Oricon dans des articles, dans la rubrique News (sous Industry) du site, sur les ventes des LN notamment. Et on peut également trouver ces données à valeur d’anecdote sur des articles individuels, par exemple sur l’article intitulé « Light Novel ‘Tsuki ga Michibiku Isekai Douchuu’ Gets TV Anime » de l’utilisateur Aidan le 20 octobre à 23 h 07.

Dans cet article, on trouve les phrases « The publisher began printing the series with illustrations by Mitsuaki Matsumoto in May 2013 and released the 14th volume in March 2018. The 15th volume is shipping on Wednesday. Tsukimichi has a cumulative 1.4 million copies of its volumes in print. ». On apprend donc que le light novel, abrégé sous le titre Tsukimichi, possède 1,4 million de tomes imprimés. Par ailleurs, l’article renvoie vers une source intéressante : https://www.alphapolis.co.jp/. Sur la page à laquelle il mène, on peut notamment voir des statistiques, comme le nombre de personnes ayant le light novel en favori, ou le classement du roman dans son genre.

L’utilité de ces données sur les ventes d’un LN, d’un manga ou des disques Blu-ray, c’est de comprendre l’importance d’une œuvre dans son économie, ainsi que son relatif succès commercial. Le succès commercial est important pour motiver des investisseurs, et de fil en aiguille, on en vient à comprendre que les ventes en volumes des manga et LN favorisent la possibilité d’une suite commerciale

De même, les ventes Blu-ray d’un OVA (anime spécifiquement vendu sur le marché, à opposer à la télédiffusion, qui peut posséder un contenu supplémentaire qui sera moins soumis à la censure, donc pourra être plus mature — c’est pour ça que pas mal d’OVA ont un traitement un peu ecchi, comme l’OVA de DanMachi par J.C.Staff —) peuvent fournir un budget considérable pour la création d’une autre saison. Il ne faut pas oublier qu’un Blu-ray d’anime, qui peut aussi posséder un emballage d’édition spéciale, peut coûter dans les 8 000¥ (65€ environ), et que certains titres très populaires peuvent atteindre dans les 10 000 ventes !

 

     Des outils statistiques pour vous amuser ! Sites agrégateurs, sites analytiques.

 

Pour conclure, dans cet article, vous aurez compris comment les statistiques peuvent augmenter la qualité de votre expérience de l’animation japonaise ou de la sous-culture otaku, qui est plus vaste. Avant de vous laisser, cependant, j’aimerais vous donner plusieurs liens, notamment vers des sites agrégateurs, mais aussi vers d’autres qui les analysent de façon synthétique.

Pour les sites agrégateurs, on peut citer trois d’entre eux, qui ont parfois été utilisés dans le corps de l’article. MyAnimeList.net, que l’on ne présente plus, avec sa communauté gigantesque de 8 millions d’utilisateurs. AniList (beaucoup plus ergonomique que MyAnimeList, et présentant la plupart des fonctionnalités de ce dernier), plus de 700 000 utilisateurs, également connu pour être lié à AniChart, LA référence pour classer les anime par saison. Kitsu, enfin, assez jeune mais possédant l’avantage incontestable d’être traduit (mais au niveau de Google Traduction) en français.

Quant aux sites les analysant de façon synthétique, l’un d’entre eux a été utilisé à titre explicatif un peu avant : il s’agit d’Anime-Stats.net, qui compile des données issues de Kitsu, de MAL et d’AniList. Il propose des lectures synthétiques comparant les sites entre eux, ce qui peut permettre de relativiser un peu les données d’un site en particulier. 

 

 

L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est global-statistics-anime-plus.png.

 

Les statistiques globales collectées par Anime.plus. Sur un échantillon de 11 578 utilisateurs proclamés, ça en fait, des données !
  

Un autre, Anime.plus, permet soit d’analyser les tendances statistiques d’un profil individuel de MyAnimeList, par exemple les genres d’anime en fonction des notes données pour savoir le genre d’anime préféré, ou alors de voir les données globales des utilisateurs de MyAnimeList répertoriés par Anime.plus. On peut y voir le nombre moyen de séries ou de manga notés par les utilisateurs, ou bien la note moyenne d’un anime ou d’un manga. À la date de rédaction, l’utilisateur moyen répertorié par Anime.plus a noté 407 anime, et a noté 60,62% d’entre eux 6,59 en moyenne — ce qui se rapproche du 7 symbolique de MyAnimeList, la note que semble donner par défaut la majorité des utilisateurs.

 

Sources : comme sites agrégateurs, https://myanimelist.net/, https://anilist.co/, https://kitsu.io/, https://www.alphapolis.co.jp/.

Comme sites analytiques, https://www.someanithing.com/, https://erzat.blog/, https://anime.plus/, https://anime-stats.net/.

À titre de définition, https://fr.wikipedia.org/wiki/Indicateur, https://fr.wikipedia.org/wiki/Oricon, https://en.wikipedia.org/wiki/Oricon, https://manga.tokyo/columns/what-is-a-cour-and-a-season-in-anime/.

À titre d’exemple, https://myanimelist.net/news/60964852.

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