Opantsu est une licence multimédia ayant commencé en 2018. Si un manga et différentes figurines existent, le principal élément de cette nouvelle licence est bien évidemment un anime, sorti l’été de cette année-ci. Constitué aujourd’hui de 2 saisons de 6 épisodes, la dernière étant sorti le 31 Décembre 2019, comme pour s’inscrire dans les résolutions de ses spectateurs, Opantsu est probablement l’un des animes les plus marquants de sa décennie. Ces épisodes courts, 4 minutes chacun environ, mettent en scène des femmes, aux différents statuts sociaux et/ou professionnels, vivant la même situation. Les schémas entre les épisodes sont relativement identiques. Des femmes innocentes passent du temps avec un homme, à l’identité systématiquement indéterminée, souvent liée à leur cadre de vie. On remarque qu’à chaque fois, une relation (peu importe son type) existe au préalable entre les deux individus au centre de chaque épisode. Par exemple, même si nous y reviendrons, l’épisode 1 de la première saison met en scène Chitose Itou, jeune servante dans une maison que nous devinons être luxueuse, témoignant de la richesse et du statut social de son employeur, qui croise au détour de ses heures de travail celui qu’elle appelle, avec une certaine énergie, « Maître ». On remarque donc ici que le thème de l’épisode 1 sera centré sur l’autorité qui règne entre les travailleuses et leurs employeurs. Mais je garde cette analyse pour plus tard dans l’article.

"Dans la plupart des œuvres cherchant à objectifier la femme, celle-ci est mise au second plan par rapport à l’homme, pour symboliser le fait qu’il a plus d’importance qu’elle, que ce soit dans les paroles ou les actes. Ici, nous pouvons remarquer que c’est l’inverse."

Le principal axe, qui détermine la structure de chacun des 12 épisodes de cette série, constitue en ce que l’homme sans nom demande à la fille, dont on connaît le nom (même si souvent donné à l’extérieur des épisodes, il est vrai), de lui montrer sa culotte. Cette différenciation est un point très important pour comprendre la portée dénonciatrice d’Opantsu. Dans la plupart des œuvres cherchant à objectifier la femme, celle-ci est mise au second plan par rapport à l’homme, pour symboliser le fait qu’il a plus d’importance qu’elle, que ce soit dans les paroles ou les actes. Ici, nous pouvons remarquer que c’est l’inverse. Les hommes ne bénéficient d’aucun droit de parole, si on peut deviner au fil de l’épisode le sujet des discussions grâce aux dialogues habiles laissant le spectateur comprendre l’épisode sans dénier les valeurs qu’il transmet, aucun des mots prononcés par celui-ci n’est rapporté directement à l’écran. C’est ici une métaphore très engagée pour montrer l’inutilité des paroles masculines face aux femmes qui elles, sont au centre de l’écran. Elles sont nommées, ont un travail et une certaine personnalité, même si peu développée en vue du format.

À travers ce décalage, les hommes étant mis au second plan pour mettre en valeur les interactions du point de vue de la femme qui réagit aux paroles révoltantes de ces hommes de leur entourage, on peut remarquer que contrairement au premier abord, la série cherche principalement à montrer les réactions de ces jeunes filles face à leur situation. Le format court est lui utile pour l’identification qui ressort de l’œuvre. Puisque les hommes ne sont pas nommés, n’importe quel homme peut s’identifier (et se révolter s’il a un minimum de conscience humaine et sociale) à la place de ce harceleur, tandis que les femmes, puisqu’elles sont nommés et au centre, peuvent attirer à la fois la sympathie du public masculin qui ne veut pas les voir être souillées et celui du public féminin qui peut se reconnaître à travers l’oppression qu’elles vivent dans ces scènes filmées comme quotidiennes (voire répétitives, nous y reviendrons.). Le fait que les épisodes soient courts pose le souci du manque de développement de personnalité des personnages féminins, mais nous pouvons passer outre ce fait puisque si les intervenants des épisodes étaient trop développés alors le phénomène d’identification à leur condition ne serait plus aussi efficace. Des éléments vagues permettent de pouvoir transposer la réalité plus facilement dans la fiction, notamment quand il s’agit de dénoncer des comportements machistes quotidiens. Enfin, le fait de « montrer sa culotte » a été choisi évidemment pour montrer que le quotidien d’une femme harcelée n’est pas que des demandes sexuelles, mais également des choses plus simples et qui paraissent « moins graves » dans notre société actuelle. À noter que cela est également un moyen de ne pas aller trop loin et rebuter certains spectateurs avec des scènes visuelles trop dures à supporter.

Nous pouvons également voir l'attention donnée aux graphismes, qui font honneur à la beauté innocente de ces jeunes femmes.

"Ici le but est de montrer les rapports complexes qui existent entre les hommes demandeurs et les femmes receveuses, [...]"

Ces différents choix artistiques sont là pour mettre en avant un thème commun, celui du harcèlement vécu par des femmes au quotidien, le plus souvent dans les milieux modestes pour l’instant. Opantsu est une série de sensibilisation aux épisodes courts voués à frapper fort, montrant avec sincérité et justesse la dure réalité de vie de femmes quand elles sont seules avec des hommes malintentionnés, que l’on peut retrouver partout dans notre environnement. Cependant, nous nous doutons bien que cela n’est pas suffisant pour justifier d’en faire une série, en effet, une femme peut aisément, simplement s’en aller quand elle est face à quelqu’un qui lui fait une simple demande déplacée. Ici, Opantsu fait le choix de montrer avant tout des personnes déjà liées à leur bourreau du jour, et qui pour une raison ou une autre ne peuvent refuser la demande de celui-ci. Ici, le but est de montrer les rapports complexes qui existent entre les hommes demandeurs et les femmes receveuses, qui, dans leurs conditions actuelles, ne peuvent contester les ordres, sous peine (systématiquement implicites) d’être désavantagée socialement (nous verrons cela dans les analyses individuelles d’épisodes.). Elles n’ont d’autres choix que d’obéir à la masculinité toxique et au patriarcat qui les étouffe, mais nous pouvons sentir le profond désir féministe derrière cette œuvre de l’esprit puisqu’elle montre toujours avec une certaine détermination le rejet psychologique de ces femmes victimes envers leur bourreau. 

"C’est une forme de lutte pour montrer au spectateur que non, cette situation n’est pas normale, elle fait du mal à la figure féminine, à son honneur, ses valeurs et son intégrité physique et sociale, mais jamais elle ne prendra plaisir à servir les hommes."

La caméra, alterne systématiquement à chaque fin d’épisode entre deux choses : le fait accompli (la culotte a été montrée) et la marque que si la fille au centre de l’épisode a dû se soumettre physiquement, elle ne sera jamais soumise mentalement (marqué par le visage dégoûté, et une insulte de sa part). C’est une forme de lutte pour montrer au spectateur que non, cette situation n’est pas normale, elle fait du mal à la figure féminine, à son honneur, ses valeurs et son intégrité physique et sociale, mais jamais elle ne prendra plaisir à servir les hommes. Ainsi, les spectatrices qui se sentent inférieures aux hommes à cause de ce genre d’obligations, pourront comprendre facilement que non ce n’est pas normal et qu’elles doivent au moins rejeter cette forme de harcèlement moralement, qu’elles ne peuvent accepter cette condition les rabaissant, et également les dégoûter que malgré tout, elles aient accepté au lieu de combattre. Elle inspire donc implicitement les spectatrices à ne pas les imiter et au contraire se battre et refuser jusqu’au bout, puisque si elles ont la même position intellectuelle sur l’acte (obéir à un harceleur est ignoble), dans la réalité, on est capable de bouger les choses, contrairement à ces marionnettes de fiction.

Mais pour analyser avec justesse ce chef d’œuvre de l’animation japonaise, il faut également s’y intéresser plus en profondeur à travers ses épisodes directement. Comme dit en introduction, chaque épisode (ou presque) prend place dans une situation d’origine différente qui permet à l’auteur de critiquer plusieurs choses différentes, plusieurs systèmes dévalorisants pour les femmes (et parfois qui s’appliqueraient largement pour des hommes/autres) ou simplement plusieurs types de comportements moraux perpétrés par ces harceleurs sexuels. Mais il sera plus instructif de rentrer dans les détails tout de suite, plutôt que de retourner dans des grands discours. Je vous propose donc de courtes analyses sur les trois premiers épisodes de l’anime, afin de vous montrer un aperçu des différentes thématiques abordées !

ÉPISODE 1 - Entre sexisme, tradition et marxisme

Cet épisode prend place dans un manoir, qui nous est visuellement présenté pendant les premières dizaines secondes. Nous pouvons dès lors comprendre la situation du protagoniste : c’est un homme riche, vivant dans une demeure luxueuse de type occidental, comme montré sur l’image ci-dessus. Cette tendance est confirmée tout au long de l’épisode. En effet, notre maid, Chitose Itou, fait plusieurs références à la culture occidentale et plus précisément anglaise à travers le thé de 17h pratiqué en Angleterre et des références à des thés (Darjeeling, Earl Grey, et également le thé indien Assam qui est également une variété consommée en Europe). Il est important de noter pour la suite que la pratique du thé a démarré au milieu des années 1840 en Angleterre sous l’influence de la septième duchesse de Bedford lors de ses visites chez le 5ème Duc de Rutland, et qui s’est ensuite répandu dans les classes moyennes et supérieures de l’ère victorienne. Aujourd’hui encore, c’est une importante tradition anglophone. Nous y reviendrons.

Cet épisode s’inscrit dans le combat contre l’oppression salariale et la déshumanisation du travail de servante/femme de ménage. Notre héroïne, Chitose Itou, travaille chez cet homme, depuis un temps incertain au visionnage, en tant que servante. Elle l’appelle en permanence « Maître », ce qui est déjà quelque chose de relativement problématique, mais passons cela. Malheureusement, dans cette introduction in mediasres, son employeur, vil scélérat, lui demande de lui montrer sa culotte, ce que nous pouvons qualifier de harcèlement sexuel ouvertement proposé. L’épisode met alors l’accent sur deux choses : l’essai de déviation du sujet, puis la soumission à cette demande. Dans un premier temps, notre maid essaye plusieurs manières de sortir d’affaire son « maître », d’abord en faisant mine de ne pas avoir bien entendu, puis sur le ton de la blague. Insistant, elle se voit obligée de prendre en compte la demande perverse de son interlocuteur. Avec un air de dégoût, et se remémorant ses jours de travaux paisibles dans cette demeure luxueuse qui viennent de voler en éclats, elle s’exécute non sans se permettre d’insulter verbalement son patron. Nous pouvons même remarquer que lors de l’acte, jusqu’au plan final de l’épisode, elle refuse de le regarder. C’est une manière de nier sa présence, de nier son existence, et de montrer que son esprit n’est pas en raccord avec son corps. Elle accepte l’ordre, mais n’accepte pas l’acte qui en suit.

"Maître, vous devriez savoir que le harcèlement sexuel est un sujet vraiment sérieux de nos jours". En gros.

Mais pourquoi a-t-elle obéi à cet ordre, me direz-vous ? La réponse est évidente. Si certaines personnes obéissent à des supérieurs quand il s’agit de demandes problématiques, voire illégales, c’est soit une soumission à l’autorité, soit une peur de perdre son travail. Je pense que c’est le deuxième cas qui ici prime, nous pouvons le voir facilement aux insultes prospérées par l’héroïne. Si elles n’ont aucune réponse, nous pouvons aisément deviner que ce comportement même pourrait lui poser problème, mais que son employeur se satisfait du simple acte accompli. Cependant, même si elle n’a pas sa langue dans sa poche, elle s’exécute, afin de ne pas perdre son emploi qui ne doit pas être si facile à obtenir en voyant l’apparence de son lieu de travail. Il est également probable que son employeur soit assez influent pour gâcher sa carrière et lui empêcher de prendre des postes en lui donnant une mauvaise réputation. Typique. C’est sa culotte ou son avenir. Elle n’a évidemment pas eu le choix.

"Cela est mentionné par Chitose, qui définit le harcèlement sexuel comme "pris vraiment très au sérieux de nos jours", ce qui n'était pas le cas au XIXe siècle où beaucoup de ces crimes restaient impunis."

Cette oppression salariale, qui fait choisir les employés de classe modeste entre l’obéissance aveugle et le risque de voir leur vie gâchée par les puissants, ne date pas d’hier. Le contexte occidental assez ancien de l’environnement, assez traditionnel des maisons de luxes, n’a pas été choisi par hasard. Beaucoup de références à la tradition sont faites dans cet épisode, que ce soit le costume cliché de soubrette, qui est également un type de personnage fantasmé dans la littérature érotique, le thé de 17h ou même l’apparence générale de la demeure. Nous pouvons alors associer cet environnement à son propriétaire : il a une mentalité ancienne, comme ses pratiques. Cela est mentionné par Chitose, qui définit le harcèlement sexuel comme « pris vraiment très au sérieux de nos jours », ce qui n’était pas le cas au XIXe siècle où beaucoup de ces crimes restaient impunis (pas que ça ait changé, mais ce n’était pas public comme aujourd’hui). Cet épisode met donc en lumière les rapports entre employeurs et employés, le combat contre la tradition qui met la femme sous la condition de soumise aux désirs et demandes de l’homme, en jouant subtilement de l’ambiance historique pour montrer que ça se passait il y a longtemps, et que ça devrait le rester, ancien ! 

Nous pouvons enfin lier cet épisode à des penseurs comme Marx, très liées aux visuels par leur siècle d’origine et qui ont fortement influencé le choix de ces thématiques, puisque le harcèlement sexuel et la soumission des classes populaires aux classes supérieures vont souvent de pair, comme l’a illustré l’affaire DSK du 14 Mai 2011 où l’homme aurait violé une femme de chambre de son hôtel de résidence. Bien que l’affaire soit officiellement classée avec DSK en non-coupable, c’est un exemple satisfaisant qui doit se produire réellement sans qu’on le sache de nombreuses fois par an. C’est donc un épisode liant le travail professionnel (d‘autant plus peu valorisé socialement, renforçant l’impression de domination sociale et psychologique des employeurs sur ses pratiquant(e)s) avec la thématique du harcèlement sexuel dans le domaine du travail. En un très court temps, ce niveau de justesse et de référence fait vraiment plaisir de voir et nous pouvons espérer que cela inspirera également des réactions sociales conséquentes si l’œuvre venait à se diffuser un jour à grande échelle.

ÉPISODE 2 : Le crépuscule des idoles

Pour ce deuxième épisode, nous sommes plongés dans le monde des Idols, un environnement cette fois-ci typiquement japonais. Je n’aurais pas le temps de faire un résumé de tout ce qui entoure le monde des Idols, mais pour en dire quelques mots, c’est un phénomène ayant débuté au Japon dans les années 1970, et qui consiste en de jeunes adolescent(e)s recrutés pour leur physique et entraîné au chant, à la danse et à l’acting pour en faire des vedettes facilement exploitables commercialement à l’aide de rencontres, produits dérivés, etc, et abandonnés si ils/elles perdent en popularité ou une fois adultes. C’est un monde difficile, souvent idéalisé à travers des animes comme les licences Love Live! ou Idolm@ster qui sont parmi les plus populaires au Japon, mais également critiqué dans des œuvres moins reconnues comme la première saison de Wake Up Girls!. Des mécaniques complexes (saupoudré de beaucoup de manipulations des fans) entourent cet univers-ci, mais pour illustrer la suite de l’article, nous pouvons évoquer l’affaire Ai Kago qui en 2006, se voit contrainte d’arrêter complètement sa carrière d’Idol à cause d’une photo d’elle en train de fumer, acte illégal pour les mineurs au Japon, et qui entraînera beaucoup de difficultés pour elle par la suite. Cela illustre parfaitement les exigences démesurées du monde des Idols, et à quel point une simple dérive peut briser la vision innocente et pure que le public veut voir en ces jeunes artistes, et ainsi briser leur carrière.

"Tu as indiqué ta date d'anniversaire sur une de tes lettres, tu te souviens ?". En gros.

Nous suivons donc une discussion entre Yuina, l’Idole en question, et le président de son fanclub, qui est appelé par cette fonction durant toute la durée de l’épisode. Cette rencontre suit un concert endiablé, montrant dans un premier temps l’incroyable popularité de la jeune fille. Une fois rentrée dans sa loge pour se reposer, elle est accueillie par le futur prédateur. Tel une proie n’ayant aucune conscience de ce qui va arriver, elle se jette dans la gueule du lion et réagit joyeusement à ses premières remarques, lui faisant même remarquer que c’est son anniversaire (à l’homme). C’est là que l’on peut remarquer le premier signe du côté dérangé de l’épisode. Il est mentionné par Yuina (cf image ci-dessus) qu’il lui a envoyé de nombreuses lettres de fans. Si ce n’était pas une Idole, elle aurait probablement pu considérer cela (à juste titre) comme une forme sévère de harcèlement, mais sa condition de star l’empêche de comprendre que la situation est anormale. D’autant plus qu’il donne des informations personnelles dans ses lettres pour se sentir plus proche d’elle. Elle fait remarquer également que c’est un homme qui la suit depuis ses débuts et qu’il a été à beaucoup de ses concerts/rencontres, si ce n’est probablement à toute. Nous avons alors toutes les raisons de penser que malgré les sourires innocents de la jeune fille qui le voit seulement comme un fan, nous avons affaire à un harceleur de première catégorie qui suit l’Idole depuis un temps extrêmement long, ce qui renforce le côté malsain de son interlocuteur (qui est d’âge inconnu, mais ce ne serait pas surprenant que ce soit un adulte mûr, et vu son acharnement, c’est sûrement un expert récidiviste, mais ce ne sont que des extrapolations, rien n’indique cela factuellement dans l’épisode).

"Elle qui veut seulement passer un bon moment avec un de ses fans, se retrouve aux prises d'un dangereux harceleur qu'elle n'a même jamais remarqué avant qu'il passe à l'acte."

Nous pouvons maintenant lier le contexte de l’épisode avec le contexte du monde des Idols. Nous avons une Idole en face de la personne la plus importante pour maintenir sa carrière avec son producteur. Les fans et la vision qu’ils ont de leur artiste favorite tiennent une place essentielle dans cette industrie du divertissement exploitant les fantasmes des hommes (et des femmes pour les Idols masculins, ça marche dans les deux sens !) comme principaux moteurs économiques, plus que sur l’œuvre produite en elle-même. Si ce fantasme est brisé d’une quelconque manière, tout s’écroule. Et ici nous sommes face à une situation où elle est prise au piège avec le président de son fanclub, soit une personne très importante pour une majeure partie de son public. Une fausse accusation de sa part et tout peut partir en éclat, nous sommes dans une situation similaire à celle du premier épisode. Elle, qui veut seulement passer un bon moment avec un de ses fans, se retrouve aux prises d’un dangereux harceleur qu’elle n’a même jamais remarqué avant qu’il passe à l’acte. Si elle adopte, à l’instar de Chitose, une attitude agressive, elle obéit à la demande de son agresseur, pour exactement les mêmes raisons que l’épisode précédent : parce que si elle ne le fait pas, il trouvera le moyen de briser sa carrière, tel une photo compromettante de paparazzi. Elle espère dans un premier temps qu’il regrette son acte, et lui demande s’il ne va pas l’arrêter alors qu’elle baisse ses actuels dessous, mais celui-ci ne montre aucune réaction particulière. Encore une fois, l’homme a réussi, et la victime ne peut que mépriser son acte. 

Les plus connaisseurs auront déjà relié cet épisode à un autre chef d’œuvre, à savoir Perfect Blue de Satoshi Kon, sorti en 1997, qui aborde des thématiques similaires. Les deux œuvres traitent en effet avec un œil critique le monde des Idols, notamment à travers un fan extrémiste. Dans Opantsu, il s’agit d’un harceleur direct, tandis que dans Perfect Blue, c’est un stalker qui agresse les gens qui considèrent mal sa favorite et qui se retrouve déçu quand elle commence à poser dans des magazines de nue par exemple. Dans les deux cas, ce fan a une influence certaine sur le futur de la jeune fille. Dans chacune des deux œuvres, on peut également retrouver un passage choc qui marque une rupture, une perte de pureté, une scène vraiment dérangeante, que ce soit la baisse de la culotte dans l’un ou la fausse scène de viol dans l’autre. Il n’y a aucun doute que Satoshi Kon a eu une influence sur la création de cet épisode, grâce à sa vision critique du système autour de la vision qu’un fan dangereux a d’une Idol qui veut simplement être heureuse. Nous pouvons retenir de cet épisode l’horreur avec laquelle il montre comment une star doit se soumettre à son public pour rester populaire, un constat déchirant aujourd’hui, et osé pour un membre de ce monde de divertissement (le monde des Idols et celui de l’animation étant lié de diverses manières). Nous ne pouvons que féliciter ce tour de force, en espérant que ce message soit compris par ses collègues !

ÉPISODE 3 : Oh, lost sheep !

Nous sommes maintenant face à ce qui est probablement le meilleur épisode de cette première saison. L’épisode 3 met en scène Maria Takayama, jeune nonne dans une église chrétienne. Nous pouvons voir sur l’image ci-dessus que l’église est actuellement vide, et le début de la discussion des deux protagonistes laisse entendre qu’il est arrivé en avance, probablement pour la messe du dimanche. Maria, grande croyante, prend les devants dans cet épisode et suppose que si l’homme est venu pour prier seul, c’est qu’il a quelque chose à se reprocher, et décide de prier pour lui. Mais nous pouvons alors voir, à l’aide d’un subtil mouvement de caméra, que les pensées du visiteur ne sont pas tournés vers Dieu, mais vers quelque chose d’autre. Tous les dialogues du début à la fin, que ce soit ses termes ou sa manière de s’exprimer, montrent à quel point Maria est une femme de foi respectable, son attitude est exemplaire et elle montre beaucoup de sincérité dans sa volonté de comprendre pourquoi cet homme est venu prier seul. Après sa prière et voyant qu’il n’est toujours pas serein, elle demande d’un air triste s’il y a quoi que ce soit qu’elle puisse faire pour l’aider, et qu’elle serait heureuse de pouvoir l’aider. Vraiment la best waifu, Maria <3

"Quelle tentation démoniaque a affecté le cœur de cette brebis égarée ?". En gros.

Triste de ce qui tourmente le cœur de son fidèle, elle lui propose alors une nouvelle fois une séance de prière, afin qu’il puisse se débarrasser de son vice, croyant qu’il lui a simplement avoué la raison de son besoin de repentance. Malheureusement, l’homme lui fait comprendre que ce n’était pas quelque chose dont il voulait se faire pardonner, mais quelque chose qu’il voulait accomplir en arrivant ici. Il joue alors la carte que si elle n’accomplit pas son désir pécheur, il sombrera dans le vice d’une autre manière. Déçue, indignée, mais toujours désireuse de l’aider, elle accepte sa demande en exprimant sa profonde appréhension de cet acte, et que les gens incapables de suivre les enseignements de dieux lui causaient du gêne. En s’excusant auprès de Dieu de l’acte impur qu’elle s’apprête à commettre, elle lui montre sa culotte. Toutes ces observations montrent une chose essentielle pour comprendre l’épisode. L’homme a profité des profondes croyances de Maria envers la possibilité de se repentir, et la pureté de sa manière de répandre la religion, pour jouer de ses faiblesses et ainsi pouvoir accomplir son acte déviant. En somme, un échec de la religion.

"Une autre référence très présente est l'emploi fréquent du terme "Lost sheep", soit "Brebis égarée" en français."

Nous pouvons mettre en avant plusieurs références religieuses dans cet épisode. Tout d’abord, le nom « Maria » pour l’héroïne n’est pas anodin, c’est bien évidemment une référence à Marie, la mère de Jésus et incarnation de la pureté et de la virginité. Maria est elle aussi pure, très fidèle à Dieu, et veut accomplir le bien autour d’elle, sincèrement affectée par les problèmes de ses fidèles. Elle incarne la pureté de la religion et des croyant(e)s qui sont abstraction de leurs désirs pour se dévouer à la foi. 

Une autre référence très présente est l’emploi fréquent du terme « Lost sheep« , soit « Brebis égarée » en français. Terme ancré dans la religion chrétienne, il désigne métaphoriquement celui qui est sorti du rang et qui a besoin d’y retourner. Cet écart peut être involontaire ou volontaire, mais est majoritairement le signe d’un péché allant à l’encontre d’une parole prêchée par Dieu. Dans l’évangile selon Luc, chapitre 15, versets 4 à 7, nous pouvons retrouver cette phrase traduite en français par Louis Segond : « De même, je vous le dis, il y aura plus de joie dans le ciel pour un seul pécheur qui se repent, que pour quatre-vingt-dix-neuf justes qui n’ont pas besoin de repentance ». Il y a nécessité d’aller chercher la brebis qui s’est égarée. Maria, en employant ce terme, montre parfaitement que cet homme qui se conduit mal, il faut l’accompagner vers la foi et ne pas l’abandonner au Diable. Elle accomplit son désir pour l’en débarrasser, et ensuite pour l’aider à retourner sur le droit chemin. Nous pouvons cependant observer que cette pratique est inutile, puisque dans la seconde saison, ce même fidèle revient voir Maria dans le but de voir sa culotte. Luther, fondateur du protestantisme au 16e siècle, avait déjà démontré cet échec de la religion, laxiste sur le traitement des pécheurs et dans la manière de les ramener à la foi (notamment quand il s’agissait de les faire payer pour les laver de leurs crimes, ce qu’on appelait les indulgences, qu’il a combattu fermement). Il se serait probablement indigné de la manière dont Maria a accompli sa foi pour essayer d’aider cette brebis égarée. Je ne m’aventurerais pas sur ce terrain puisque je ne m’y connais pas en religion, mais c’est une observation intéressante que de mettre en écho l’échec du christianisme dans cet épisode à l’échec qui a il y a longtemps mené à la création de la religion protestante. Et cet homme a profité de cet échec pour se rincer l’œil. 

C’est encore ici la preuve qu’Opantsu est une œuvre documentée et profonde dans ses thématiques, au-delà de son féminisme très engagé. Il se mélange à d’autres thèmes, afin de montrer l’influence des harceleurs dans la vie en société.

Les autres épisodes

Je n’ai parlé que des trois premiers épisodes, mais il y en a 9 autres et ils mériteraient tous qu’on s’attarde dessus. Je vais donc brièvement résumer les 9 autres épisodes afin que vous cerniez leurs thèmes.

S1 ep4 : L’héroïne est attirée par un homme et essaye de le taquiner, mais est retournée à son propre jeu. Important à noter que c’est son ami d’enfance.

S1 ep5 : Une critique du système hospitalier et la vision perverse que les gens ont des infirmières qu’ils pensent soumises à eux car ils sont dans un état handicapant suscitant la pitié.

S1 ep6 : Une lycéenne perd un pari avec un camarade et se retrouve en position de soumise, le garçon jouant avec l’honneur de l’héroïne tel un expert manipulateur.

S2 ep1 : Un autre épisode sur Chitose Itou, montrant encore une fois à quel point son maître est détestable et trahit les attentes de la jeune fille.

S2 ep2 : Un pervers narcissique manipule deux lycéennes dont il est le professeur en les forçant à payer en nature son travail.

S2 ep3 : Une démonstration en librairie que même les gens cultivés peuvent être des harceleurs, et que ce n’est pas qu’une question de manque d’éducation.

S2 ep4 : Une fille essaye de séduire un homme mais tombe des nues face au constat qu’il ne la voit pas comme une copine potentielle mais comme un objet de fantasme.

S2 ep5 : Un garçon exploite son statut de grand-frère pour profiter sexuellement de sa petite sœur vulnérable, qui croyait en lui.

S2 ep6 : Le retour de Maria, et son croyant n’a toujours pas été lavé de ses péchés.

Encore beaucoup de thématiques à explorer, en perspective ! Je ferais peut-être un jour des reviews détaillées de chacun de ceux-ci, selon les retours ! 😉

CONCLUSION

Opantsu est sans conteste l’une des meilleures œuvres de sa décennie, voire son média, pour toutes ces raisons. Le seul défaut de cet anime subtil et intelligent dans sa manière de faire, c’est son média. Dans une animation qui nous a habitué à des ecchis sans saveurs objectifiant la femme, quelques culottes font tout de suite penser au public qu’Opantsu est une œuvre sexiste, dégradante et visant à simplement se rincer l’œil. Le public moyen passe à côté du profond engagement de cette œuvre pour de nombreuses causes sociales contemporaines. Pourtant, cette œuvre, de part ses nombreuses inspirations bibliques, philosophiques, et également d’autres créations aujourd’hui cultes, s’inscrit parfaitement dans cet état de fait : Opantsu est un anime rafraîchissant d’originalité et d’ambition dans un média de plus en plus conformiste. Il va sans aucun doute qu’il marquera son temps et arrivera à percer un jour pour influencer des auteurs et des mouvements importants comme Akira dans son temps. Il ne vous reste plus qu’à voir les 12 épisodes de ce petit bijou ! Enjoy à tous !

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