Est-ce que le manga compte dans la littérature ? Natsuki, une lectrice passionnée du roman visuel Doki Doki Literature Club!, répondrait d’un coup : «Manga is literature!!». On peut également appuyer cette opinion du fait que nombre de light novels entretiennent un lien d’adaptation avec des mangas : comme exemples populaires on peut penser à Sword Art Online, d’abord écrit en 2002 sous forme d’un webnovel, ou même plus récemment Re:Zero en 2012.

À ce sujet, si l’on fouille le Wikipédia anglophone du light novel, on déniche une petite mine d’or. Rien qu’un extrait : « Les light novels viennent des magazines pulp. Pour plaire à leur audience, durant les années 70 la plupart des magazines pulp japonais ont commencé à placer des illustrations au début de chaque histoire, ainsi qu’à inclure des articles à propos de films, de jeux vidéo ou d’animés populaires. Les récits ont évolué pour séduire les nouvelles générations et en sont venus à être intégralement illustrés avec le style le plus apprécié. Quant aux serials les plus suivis, ils furent imprimés en romans. ».

Après ce rappel plutôt consistant sur le lien existant entre le roman et le manga au Japon, on peut évoquer une appropriation culturelle du manga en France. Sur la page dédiée à Reliques Éon du site des Éditions Planétoïde, on peut lire ces quelques lignes : « Reliques Éon est un romanga, entre le light novel et le manga classique. Un sous-genre du romanga de Didier van Cauwelaert sorti en 2011, […] imaginé par Stiopic ».

romanga l'enfant qui venait d'un livre

On peut donc faire remonter le « romanga » à 2011. Didier van Cauwelaert est l’auteur prix Goncourt de L’Enfant qui venait d’un livre. L’ouvrage se présente comme double sur le plan de la forme, bien que la narration (et la couverture partagée) réunisse les deux : un manga et une nouvelle (le manga étant un objet dans la nouvelle même). Ce projet lui est venu en rencontrant le père d’une fille atteinte d’une maladie génétique mortelle, durant une séance de dédicace. Le format du manga est donc ici un moyen de s’adresser aux plus jeunes lecteurs, que l’image stimule plus qu’un texte, pouvant fatiguer l’œil.

Paru à la Fnac le 1er mars 2021, Reliques Éon reprend le flambeau de ce genre. Tel est son synopsis : « « J’aimerais que ces journées ne finissent jamais ! » Il y a trois-cents ans, la région de Delonya s’est vue rentrer dans une nouvelle ère avec la découverte de l’Iaith, une langue ancienne qui permet à n’importe qui de manipuler l’Éther. Grâce à cela, Kiryu et Aki ont pu devenir des Explorateurs dans le village de Dasos malgré leur jeune âge. Orphelins depuis quatre ans, ces frère et soeur accomplissent les Quêtes de la Guilde avec brio, et leur réputation n’est plus à faire, même parmi les adultes. Cependant, ils vont très vite se rendre compte que la vie peut prendre un tournant très inattendu… ».

Maritza Jaillet, une autrice de romans, a publié sur Facebook une critique du prologue dont suit un extrait : « On m’annonce de la fantasy, donc j’attends de la fantasy ! Déjà Paralia, Denolya, des endroits que je ne connais pas inventés, les sorts sont indiqués, on évoque la magie mais surtout… quelqu’un qui fuit ! Déjà, la petite décoration après la 1ère de couv, avec les fleurs de lys, on sait où on va. Les illustrations s’accordent complètement avec le récit et surtout, il faut le noter c’est une continuité. ».

Pour conclure, le romanga n’est qu’une des traces d’un fait : l’art des lettres est fluide et sait s’adapter à toutes les époques, pour satisfaire bien des besoins. Et, qui sait, peut-être verra-t-on bientôt fleurir des webnovels à la lecture rythmée par des morceaux illustrés, comme autant de miroirs nous aspirant dans la fiction !

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