Eh oui, j’ai regardé Rent a Girlfriend ! Ne l’ayant pas vu en saisonnier, j’ai petit à petit été attiré par plusieurs choses autour de cet anime et notamment mon envie d’en parler en l’ayant vu et d’arrêter de faire mon vieil élitiste pro-vieux animes que j’affiche sur un certain serveur où il m’arrive de croiser des gens qui en parlent et avec qui je ne peux pas communiquer. Et c’était frustrant. Il y a aussi le fait que quand tu regardes des animes, c’est bien de regarder de tout, mais dans le tout y’a autant les vieux que les dernières sorties, et quand tu es face à un anime avec une mise en avant aussi importante que celle de Rent a Girlfriend, de son nom japonais Kanojo, Okarishimasu, à la fois de son diffuseur officiel, de la part des communautés et bientôt avec sa sortie en manga en France, j’allais bientôt être mis face à un stop de la part des publics jeunes qui est déjà la raison pour laquelle j’ai fais Naruto et Dragon Ball en 2018. Voilà pourquoi l’envie m’est venue de le regarder, et j’ai enfin réussi à sauter le pas cette semaine, pas difficile parce-que ça ne me faisait pas du tout envie malgré ma curiosité pour certains trucs. Mais voilà, j’ai vu le fameux Rent a Girlfriend en entier, et je pense que y’a des trucs que j’ai envie d’exprimer sur cet anime au cas assez … particulier. Du coup review rapide pour parler du problème majeur de cette petite comédie romantique qui est bien parti pour continuer de déferler les passions, évidemment à tort.

De fausses problématiques

Une première partie de mise au clair me semble importante. L’anime a effectivement un certain nombre de problèmes d’un point de vue thématique, et notamment son concept de base. Là, je vais dire quelque chose d’assez évident pour les gens futés qui passeraient par là, mais le concept de Rent a Girlfriend n’est pas fondamentalement un problème. Par là, je veux entendre que tu peux parler d’un sujet sans que ce soit une apologie de ce sujet, ou que le fait de mettre en scène des choses discutables n’est pas quelque chose de précisément négatif, il y a juste des manières de faire. Il ne les a pas, mais je vois souvent revenir le sujet de l’anime comme point contre lui, mais pour moi non, ça n’a jamais été directement le problème de l’œuvre, on est même dans le cas inverse parce que ça aurait pu apporter quelque chose, même en restant dans le genre de la comédie romantique. Ce n’est pas une mauvaise idée de mettre son héros dans cette position. Ici, je pense à deux animes, auxquels notre anime m’a fait penser à de nombreuses reprises quand j’y réfléchissais, il s’agit de NHK ni Youkoso et de School Days. Dans le premier cas, nous sommes aussi dans un anime, en partie aux vertus comiques, mais mettant en scène dans cette alliance tragi-comique les problèmes d’addiction du personnage principal, et pour School Days, le héros est aussi montré comme un connard (je n’ai vu que les 5 premiers, je précise). Ce sont deux œuvres que j’ai trouvé intéressantes malgré le fait que leurs héros sont également des indécis qui tournent en rond à cause de leurs personnalités et de leur rapport aux femmes (moins pour le héros de NHK, mais un peu quand même sur certains arcs). Pour cette même raison, je repousserais aussi les critiques sur le caractère du personnage principal, qui n’est clairement pas le véritable souci de Rent a Girlfriend. Il est pathétique, mais encore une fois ça aurait pu avoir une valeur narrative, et donc être quand même intéressant. Le véritable problème de l’œuvre, il est ailleurs, et ces soucis-là sont englobés dans ce gros souci qui lui est fondamental et particulièrement révélateur de l’incompréhension de l’auteur sur sa propre histoire.

Un genre qui ne convient pas

A gauche l'auteur, à droite l'intérêt, le pied c'est le genre.

Pour moi ce qui empêche cet anime d’aller quelque part, c’est paradoxalement le fait qu’il a une continuité. Je m’explique. Quand tu écris une romcom (comédie romantique), l’un des facteurs déterminants, ce sont tes personnages féminins, ce qui différencie une romcom d’une romance, à mon avis, c’est l’importance d’apporter un traitement plus ou moins égal à toutes les héroïnes, afin de faire évoluer toutes les relations en parallèle et continuer de captiver le lecteur qui lit pour telle ou telle fille, mais ça marche aussi pour les spectateurs de toute façon. C’est pour cela qu’une règle implicite qu’on peut retrouver dans Nisekoi, Gotoubun ou autre, intrinsèque au genre, c’est le côté épisodique, les moments importants qui font avancer l’histoire sont limités et on fait bouger l’œuvre doucement en apportant des moments isolés et mignons aux personnages. Mais il y a toujours un côté artificiel à l’avancée, c’est caractéristique, mais vu que l’œuvre n’a aucune ambition et se contente de simplement divertir et te faire passer un bon moment avec un développement minimal et des rencontres fortuites qui sont rigolotes/romantiques, ça passe. Dans mes exemples cités, je ne ressens pas ce vrai besoin de continuité et d’apporter quelque chose. Ça n’en fait pas forcément des mauvaises œuvres, ça dépend de votre appréciation perso, c’est juste comme ça, subjectif toussa.

Le souci avec Rent a Girlfriend, c’est de vouloir créer une histoire qui va quelque part en s’adaptant aux contraintes de la comédie romantique. Le fait de tourner en rond n’est pas tant le souci que le fait de tourner en rond alors qu’il essaye de faire évoluer à la fois le personnage principal et sa situation, absolument tout ce qui se passe à une conséquence sur le reste de la série et des événements, il n’y a même pas un seul moment qui est traité comme isolé. Du coup le schéma narratif normal d’un épisode est de mettre le héros dans une situation où il pourrait se sortir de sa situation, son mensonge, son problème, et de l’annuler. Et là est le plus gros souci à mon sens, le traitement de ces annulations.

Puisqu’il essaye de fonctionner comme une histoire et pas comme un « petit bonbon », ce moment de plaisir éphémère qu’on croque et qui ne dure pas, cela crée tout un enchevêtrement de problèmes. Je suis très perplexe face à la manière dont l’auteur traite son personnage principal en l’empêchant d’évoluer pour les besoins de continuer son histoire. Car contrairement au héros normal de romcom, Kazuya a une personnalité et une histoire plus développée que « Il est gentil/serviable/etc », c’est un personnage à part entière qui doit se sortir de ses malheurs et du mensonge qu’il fait à sa famille et à ses amis. Puisque c’est un personnage qui doit changer (et c’est pareil pour les autres personnages qui l’entourent et participent à sa situation et sont donc des dynamiques importantes des malentendus), on est obligé de lui donner les clés de ses changements. Et pourtant, on stagne, car on entre dans tout le paradoxe. 

Arrêtons de tourner autour du pot et venons en à l’essentiel.

La cause de la catastrophe, c’est de ne pas avoir compris comment construire une histoire en fonction de son genre et de ses codes. On essaye de créer un parcours, une évolution, des rapports humains complexes, des personnages à multiples facettes (Mami mdr), de traiter des thématiques comme l’addiction ou le rapport au mensonge et le gêne que ça crée pour le menteur (parce que Kazuya montre à de nombreuses reprises, des remords et une envie d’arrêter de faire cela), mais dans un genre qui demande à ce que tout ce qui se passe à l’écran soit inconséquent et que la situation ne bouge pas jusqu’à la fin de l’histoire où l’auteur devra choisir quels sont les hordes de fans qui lui enverront les messages de morts. Du coup en fait ça coince l’œuvre dans un genre de labyrinthe sans sortie où les étapes clé se répètent encore et encore. Vous vous souvenez de la scène où Kazuya s’apprêtait à tout avouer ou à dire qu’il a lâché Chizuru et qu’un élément extérieur est venu les réconcilier de force ou dire que finalement, il n’a pas pu avouer et qu’il va continuer UN PETIT PEU de fréquenter Chizuru ? Laquelle ? Normal, les deux tiers des épisodes ont cette scène à feel traitée comme positive alors qu’on annule une évolution morale du héros. Et c’est là le cœur du problème. Vouloir développer un héros quand ton genre te l’interdit, et utiliser la bonté des personnages comme un vecteur d’enfermement dans une situation toxique vue comme positive. Le souci ce n’est pas le thème, le souci ce n’est pas l’indécision du héros. Le souci, c’est que l’auteur n’a juste pas compris comment écrire une histoire et s’est lui-même perdu en voulant s’inscrire dans un mouvement qui ne correspond pas à ce qu’il aurait voulu, et surtout pu faire.

Pour prendre une scène tôt dans l’anime, le héros arrive à avouer à sa grand-mère qu’il a rompu avec Chizuru (en soit il lui ment toujours, mais en contexte ça aurait réglé le malentendu) et sa grand-mère lui répond un truc très cool, la scène est touchante, mais le souci, c’est qu’ensuite Chizuru débarque, et ça crée une scène touchante où elle a fait quelque chose pour le héros à savoir faire plaisir à la grand-mère qui aurait voulu qu’il reste avec elle. Mais là, on est sur une manière positive de montrer un enfermement dans le mensonge. Et c’est pareil absolument partout. Ce qui crée tous les soucis thématiques de l’œuvre, c’est moins, à mon sens et comment je vois l’anime sans connaître la personne qui en est à l’origine (donc je peux me tromper), que l’auteur valorise le mensonge qu’un cas où l’auteur n’a juste pas compris que tout son manga, c’était juste un gros monde à la Alice au Pays des Merveilles qui n’aura juste jamais de fin ou d’évolution et que donc les évolutions morales se répètent encore, et encore, et encore. On est vraiment dans une boucle temporelle, qui n’est pas causé par le côté indécis du personnage, mais le fait qu’il doit prendre des décisions dans tous les sens, souvent contradictoires, car il ne peut choisir aucune décision à cause de l’aspect comédie romantique de l’œuvre. Et c’est là que ça devient ridicule. 

Là où je trouve le cas de Rent a Girlfriend intéressant c’est qu’on est vraiment, pour moi, dans un cas de décalage profond. Je ne pense pas que l’auteur soit idiot, et l’histoire a pour moi des bases qui auraient pu mener à quelque chose qui n’aurait pas marqué la japanimation/le monde du manga, mais qui aurait pu être largement potable. Je ne sais pas ce qui l’a poussé à choisir le genre de la comédie romantique, mais ça ne fonctionne pas, et tous les soucis de l’œuvre pour moi découlent de ce disfonctionnement avant de venir de n’importe quel facteur dont on voit les critiques actuelles (le héros, la vente de copines, etc). J’exagère, mais comprenez ce que je vais dire avec bienveillance. En abandonnant le genre de la comédie romantique, il aurait pu être le mini-NHK ni Youkoso de notre génération. Et en assumant ce genre, devenant quelque chose qui n’essaye pas de faire réfléchir le héros sur sa propre condition de déchet (je ne l’attaque pas, il le dit lui-même !) et sur ses mensonges, il aurait pu être éventuellement une comédie sympathique (j’ai vraiment rigolé des fois sur l’anime). Mais avec ce qu’il est actuellement, cet anime est perdu. Perdu dans les méandres de l’incompréhension de ce qui cause ses propres blocages, un obstacle qu’il ne pourra pas franchir sans remodeler ses bases fondamentales, et qui est coincé entre le feu des fans qui ne voient pas ce problème et sont la cause de son existence (vu que faut garder tout le monde vu que c’est publié par chapitre !) et les haters qui ne s’attardent pas forcément sur le problème profond et n’attaquent pas constructivement le souci à la racine à mon sens.

On pourrait presque ouvrir le débat sur l’influence du mode de publication hebdomadaire sur le déroulé d’une œuvre artistique et d’une vision d’auteur dans le Japon actuel et ses tendances à vouloir des waifus, mais ici, je ne le ferais pas. Je veux juste dire que pour moi Rent a Girlfriend n’est pas une œuvre à stigmatiser, mais à voir comme un cas d’étude intéressant de ce qu’il ne faut pas faire dans un processus narratif et quand on choisit comment orienter son œuvre, parce que les bases sont solides et isolément il y a des bonnes choses, j’ai ressenti dans les scènes qu’il y avait une volonté inaboutie de créer quelque chose, des subtilités, des réflexions, et une compréhension de la condition du héros. Mais voilà, c’est la structure romcom qui rend tout inconséquent. Vraiment du gâchis.

Pfiou, fini mon monologue inutile ! J'espère que je me suis pas trop répété car j'ai l'impression que si, au moins j'ai dû être clair.

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