La franchise (comptant animés, mangas, jeux, spin-offs…) à laquelle le mangaka de Grappler Baki, Keisuke Itagaki, a donné le jour s’étend en bien des formats. Le manga intitulé Gappler Baki a été prépublié dans le Weekly Shônen Champion, avant une publication en 42 volumes, et ce de 1991 à 1999, marquant ainsi l’histoire du shônen nekketsu. Deux adaptations animées de la trame du manga furent produits par le studio Group TAC : Grappler Baki (hiver 2001) puis Grappler Baki: Saidai Tournament-hen (été 2001). D’autres mangas poursuivent l’univers de Keisuke Itagaki ; Baki Dô (2018) étant la plus récente itération du parcours de Baki Hanma, le confrontant à l’art martial sacré du sumo. Et du côté audiovisuel, Baki (été 2018) illustre un regain de popularité d’une franchise qu’on aurait pu croire auparavant assez enfouie dans la culture otaku. La raison de cette soudaine notoriété, c’est la gigantesque plateforme de diffusion et de promotion qu’est Netflix. Baki: Dai Raitaisai-hen (été 2020) et Hanma Baki: Son of Ogre (probablement pour l’automne 2021) sont également des animés licenciés par Netflix, produits par le studio TMS Entertainment.

Les genres de Baki (été 2018) sont l’action, les arts martiaux, le shônen. Sur MyAnimeList, tels sont quelques-un des animés reconnus auxquels l’ONA a été comparée : JoJo’s Bizarre Adventure (automne 2012) (pour ses combats stylisés, sanguinaires et pouvant être livrés n’importe où ; pour la musculation ; pour l’absurde) ; Hajime no Ippo (automne 2000) (pour l’esprit du combat, ou bien l’aspect technique). Suit le synopsis de l’animé, traduit de la page MyAnimeList, dont l’auteur est MAL Rewrite — une entité anonyme et collective perfectionnant les pages de la base de donnée. « Après avoir émergé victorieux d’un tournoi clandestin brutal, Baki Hanma poursuit son chemin dans l’espoir de vaincre son père, Yûjirô, l’homme le plus fort du monde. Cependant, il n’a pas le temps de se reposer quand l’organisateur du tournoi, Mitsunari Tokugawa, lui rend visite à l’école. Ce dernier révèle à Baki que cinq dangereux condamnés à mort d’un peu partout dans du monde — tous entraînés en arts martiaux — se sont simultanément évadés et se dirigent à Tokyo, désirant chacun connaître enfin le goût de la défaite. Il le prévient que, du fait de sa puissance reconnue, Baki les rencontrera sans doute tôt ou tard, et qu’il ne sera pas la seule de leurs cibles. Adaptant la première saga de la seconde série manga, Baki (été 2018) se concentre sur la guerre totale entre les artistes martiaux du Japon et ceux du sombre monde criminel. »

L’aspect graphique de Baki (été 2018) est l’une de ses principales qualités : c’est une remise au goût du jour si l’on compare au style des deux saisons qui précèdent, en 2001. Avec une animation parfois fulgurante, et bien souvent brutale (le gore mérite une partie à lui tout seul), Baki alterne entre de rares scènes en 3D et du combat en 2D. Tandis que les scènes 3D choqueront certains yeux, il reste du moins qu’on peut s’y habituer. Le second générique du début, intervenant durant les 13 derniers épisodes, illustre la beauté que peut atteindre l’animation de l’animé en utilisant l’imagerie de synthèse. L’apparence des personnages est aussi une particularité propre à Baki, et ce même dans l’esprit des saisons précédentes : du muscle jusqu’à l’hypertrophie, une anatomie de titans, et quelques hommes gros comme des buffles. À vrai dire, le corps et ses transformations est toute une thématique dans Baki, et l’apparence des personnages est plus fluide que dans d’autres animés. Un combattant peut perdre un membre de son corps, voire un sens : cette destinée du corps accompagne de façon intégrale la progression des personnages.

Du point de vue sonore, l’animé ne laisse rien au hasard quand il en vient du spectaculaire, de la chaleur de l’excitation. On sait déjà qu’une bonne musique, dans un contenu audiovisuel quelconque, doit à la fois ne pas contraster de manière discordante, mais doit auss compléter de façon positive. Que ce soit ceux du début ou de la fin, les génériques complimentent l’animé en général : comme éléments musicaux, on peut citer des éléments du rock comme la guitare, la batterie, le chant ; mais également de l’electronicore, avec du cri digne du métal dans le générique signé par Fear, and Loathing in Last Vegar ; puis du genre de l’electropop, notamment avec du rap (ce qui rappelle le rap fréquent dans la K-Pop) grâce à DEVIL NO ID. Mais même l’OST (utilisant batterie et guitare, ainsi que des échantillons sonores à valeur atmosphérique) confère une ambiance brûlante aux combats. La narration elle-même inspirera des frissons de plaisir aux gens qui ont vu l’animé par Madhouse, Akagi (automne 2005), un animé de pari sur le mahjong. C’est le même narrateur, qui revient pour narrer l’épique des événements fictifs auxquels le spectateur assiste.

Un des thèmes particuliers développés dans Baki est la violence. Par brutalité, il est ici question de la violence sans foi ni loi, la plus pure et aussi la plus sanguinaire. Il a été mentionné plus haut que les personnages pouvaient perdre des membres, ou même des sens, sans même parler de sang car cela était implicite. On peut évidemment dire de Baki que c’est un animé gore comme d’autres le furent avant : Nanatsu no Taizai (automne 2014), Elfen Lied (été 2004), Akame ga Kill! (été 2014). Le gore dans chacune de ces œuvres peut être considéré comme utile à la montée de la tension, au spectaculaire par l’hémoglobine, à la démonstration de la puissance des attaques. Mais d’un autre côté, dans les autres animés avec du gore mentionnés, il y a un certain sentiment d’inégalité dans la puissance entre le personnage qui saigne et le personnage qui fait saigner. Tandis que dans Baki, c’est plutôt une figuration de l’escalade des hostilités entre deux personnages dont on peut être sûr qu’ils ne seront pas terrassés si facilement. Ou peut-être que ce n’est le cas que durant certains combats.

Un autre thème intéressant dans Baki, c’est le corps. Comme il est l’élément primordial du combat, et que plusieurs arts martiaux se confrontent, on le voit exploité sous différents angles. Qu’il s’agisse des différentes postures des arts martiaux, de sa physiologie comme matière vitale sensible au feu et au poison, ou de sa fragilité face à ce qui peut le trancher. Bien qu’une importante partie de la narration du nekketsu concerne plutôt l’âme, la volonté de se surpasser, la discipline mentale ou la passion. Le corps apparaît comme cette moitié la plus affectée par le monde de nous, par laquelle le visionneur peut s’identifier à l’action — mais dans les moments les plus vicieusement cruels, il voudra peut-être moins s’y voir —, fragile et forte et portant le potentiel transformateur de l’homme.

En tout et pour tout, Baki (été 2018) n’est pas dénué de défauts. Comme il s’agit d’une adaptation d’un arc d’un manga précédé de bien des événements déjà animés durant d’autres saisons, peu d’efforts pour introduire le nouveau visionneur à l’univers déjà développé sont faits. De plus, l’histoire est décousue, car l’exposition qui nous est donnée des événements en court saute d’un point à un autre dans l’espace, ne nous laissant qu’avec un sentiment de chaos : la seule chose qui apparaît claire est la confrontation entre des personnages, car c’est à ce moment que l’animé se pose vraiment. Mais bien que l’histoire soit décousue, cela fait du sens, car les cinq condamnés à mort ont le droit d’affronter l’un de leurs ennemis proposés dès l’introduction, sans règles. La fin sert d’ailleurs d’introduction à la suite, lors d’un tournoi centenaire en Chine. Tout le monde peut ne pas apprécier le gore et la violence : on ne saurait recommander la série pour ce public-là. Mais c’est une expérience qui vaut le détour pour ceux qui auront été convaincus par cette analyse de l’animé.

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