Bonjour, amis lecteurs. Au fait, attention aux spoilers. Aujourd’hui, nous allons parler de l’enfant que Koisuru Asteroid (hiver 2020) a eu avec Little Witch Academia (hiver 2017) et Madoka Magica (hiver 2011) : Houkago no Pleiades (printemps 2015). Oui, c’est légèrement anachronique. Quoique, le multivers y est canon… D’ailleurs, on peut se demander quelle pertinence il peut y avoir à définir une œuvre en relation à d’autres, avec lesquelles elle partage un contexte culturel. Est-ce qu’il est correct de se dire : tel animé est la combinaison de quelques éléments de tel titre avec d’autres parties d’une autre œuvre ?

La réponse est au moins double : non, parce qu’on tombe dans un réductionnisme qui ignore la singularité de chaque œuvre ; oui, car les animés sont inégaux en popularité, et que décrire un animé en référence à un autre, plus connu et identifié par la critique pour sa qualité, peut convaincre quelqu’un de l’intérêt de l’œuvre ainsi décrite. Cette méthode possède au moins l’avantage de pouvoir juger de l’originalité d’un animé : si l’on prend One Piece (automne 1999), la construction de l’univers fictif est assez profonde pour aborder les différents climats des îles, les courants océaniques, les éruptions sous-marines… Peut-on réduire One Piece à un nekketsu, mais avec des pirates ? Probablement, mais on passerait à côté de la géopolitique, des différents écosystèmes…

Nous verrons au cours de cet article pourquoi il est possible de voir dans Houkago no Pleiades des facettes de Madoka Magica, de Little Witch Academia et de Koisuru Asteroid. Nous examinerons également cet animé sous deux axes : la part concernée par l’astrophysique, ainsi que celle du merveilleux de l’œuvre. Mais tout d’abord, il convient de présenter le projet multimédia, qui se décline en plusieurs formats et présente une particularité : parmi les détenteurs du droit d’auteur, on compte Subaru Corporation, le conglomérat industriel japonais des secteurs automobile, aéronautique…

Tandis que cette review porte sur la série télévisée de 12 épisodes produite par Gainax (studio culte depuis Neon Genesis Evangelion [automne 1995] et Gurren Lagann [printemps 2007], dont on n’a plus entendu parler depuis 2016) et sortie en printemps 2015, comme le dit Wikipédia « Houkago no Pleiades est une série de quatre [épisodes d’]original net animation produite par le studio Gainax en collaboration avec le constructeur automobile Subaru. Les épisodes sont diffusés sur YouTube le 1er février 2011 ». Un film aurait été annoncé « en mars 2013 lors du Tokyo International Anime Fair », mais il n’a probablement pas vu le jour.

Niveau manga, « Un premier manga [intitulé Houkago no Pleiades: Prism Palette et] dessiné par Anmi est publié depuis le 27 octobre 2014 dans le magazine Monthly Comic Rex de l’éditeur Ichijinsha. Un second manga, au format yonkoma, dessiné par Mirai Denki est publié depuis le 22 décembre 2014 dans le magazine Manga 4-koma Pallette de l’éditeur Ichijinsha ». Enfin, chose peut-être moins connue, un light novel est aussi publié sous le nom Houkago no Pleiades: Minato no Hoshizora. Comme produits dérivés, on peut compter des figurines ou même un ensemble de sous-verres de voiture.

ensemble sous-verre houkago no pleiades

Après ce panorama du projet multimédia et de ses produits dérivés, passons au synopsis de l’œuvre, en reprenant celui de Nautiljon : « Subaru est une jeune étudiante lente et maladroite. Elle découvre un jour une sorte de pièce magique où un groupe de jeunes filles [se] trouvaient, dont Aoi, une de ses amies. Par la suite, après cette découverte soudaine, Subaru se fera choisir par le président de ce groupe, un Pléiadesien, un représentant de la race des Pléïades (sorte d’extra-terrestre) pour l’aider à rentrer en recherchant des fragments de moteur éparpillés un peu partout dans le ciel. Mais elles devront faire attention à leur ennemi numéro 1 qui veut les empêcher d’accomplir leur mission. ».

Ce qui évoque assez Little Witch Academia, dans ce synopsis, c’est l’idée d’objectifs guidant l’intrigue, servant à la fois à une progression linéaire (dans Houkago no Pleiades, les fragments de moteur confèrent aux jeunes magiciennes un pouvoir croissant), et à justifier une structure épisodique d’aventures différentes chaque semaine de diffusion. Cependant, le plus gros point de ressemblance entre les deux est l’aérodynamisme. En effet, pour canaliser leur pouvoir et voler, les magiciennes doivent utiliser un drive shaft (en français, on dit arbre de transmission, une partie mécanique transmettant une force par la rotation), et pour récupérer les fragments de moteur du ciel, elles doivent apprendre à diriger le drive shaft avec diligence. C’est pareil dans Little Witch Academia, où bien des péripéties se font sur un balais durant la recherche des sept Mots d’Arcturus.

La partie de l’animé qui évoque le plus Koisuru Asteroid est celle dédiée à l’astronomie, ainsi qu’à l’approfondissement des personnages, notamment celui de la relation entre Aoi et Subaru. Les deux allaient d’ailleurs voir les étoiles ensemble plus jeunes, et comme dans Koisuru Asteroid ces amies se sont perdues de vue. On peut penser que la part d’astronomie fournit autant une atmosphère qu’une thématique poétique, thématique qui peut servir autant à des métaphores qu’à du symbolisme. Ici s’achève le parallèle que l’on peut faire entre Koisuru Asteroid et Houkago no Pleiades, mais si l’on considère que la relation entre Aoi et Subaru prend la majorité de l’intrigue à changer qualitativement, et que l’astronomie de Koisuru Asteroid n’est plus simplement contemplée mais éprouvée par les magiciennes comme astrophysique, les deux séries se rapprochent fortement.

Et pour finir, la référence à Madoka Magica… À vrai dire, on retrouve une certaine sombreur dans Houkago no Pleiades, qui va jusqu’à aborder une tentative de suicide (il faut repenser à Minato espérant s’enfoncer dans un trou noir pour effacer le potentiel de son existence), mais il n’y a pas de sanglant à trouver ici, et moins de traumatisme. Les points communs entre l’animé de Shaft et celui de Gainax sont d’au moins deux ordres. Il y a un changement d’échelle fantastique, qui passe de la vie ordinaire de quelques élèves à l’extraordinaire magique, puis philosophique. Cet extraordinaire magique et philosophique se traduit dans Magica Madoka par le devenir divin de la volonté de Madoka, lorsque son vœu en vient à traverser les destins possibles. Dans Houkago no Pleiades, il trouve son pinnacle dans l’illustration du multivers, puis du passé immémoriel de la Terre, à une époque où la lune orbitait plus proche d’elle, à l’origine de l’interconnexion des destins.

Enfin, le deuxième point commun entre les deux séries est la place accordée au potentiel des êtres. Chaque vœu exaucé par Kyubey trouble l’équilibre karmique, et c’est la puissance de la sorcière qui constitue l’énergie que le petit chaton recherche. C’est parce que Homura souhaite sauver Madoka qu’elle provoque un paradoxe temporel, et se condamne à vivre la même destinée peu importe ses efforts… Gonflant à chaque essai le potentiel magique de Madoka, dont le vœu final causera la disparition de la Nuit de Walpugis, dans le passé, le présent et le futur. C’est l’interconnexion des destins (dont l’innombrabilité vécue par Homura) qui justifie la puissance du vœu de Madoka. Et chez Houkago no Pleiades, la race des Pléïades possède une technologie équivalente à la magie, capable de choisir une probabilité parmi toutes contre une énergie incommensurable. C’est parce que les magiciennes ont du potentiel qu’elles ont été réunies sous la bannière de l’alien — ce qui veut donc dire qu’elles n’ont pas encore révélé leur potentiel, permettant un passé troublé pour la plupart des personnages. Les pièces de moteur sont notamment appelées par Minato des morceaux de potentiel cristallisé. On peut d’ailleurs ajouter qu’un état d’existence supplémentaire est introduit par la série : une superposition rappelant la propriété quantique d’une superposition d’états. Et il me semble que le potentiel a un lien avec cet état de superposition.

Quant à la partie d’astrophysique de la série, il ne faut pas oublier que Houkago no Pleiades ne fait pas dans l’hyperréaliste. Par exemple, les magiciennes peuvent respirer, faire du bruit et ne pas être soumises à la gravité dans l’espace ou dans l’atmosphère d’un astre. Ce qui est littéralement canon. Alors pourquoi Minato serait-il affecté par un trou noir ? Pas trop poser de questions. Mais on peut noter par-ci par-là des références à des phénomènes d’astrophysique, donc si jamais vous voulez voir des exemples de ces phénomènes, cela peut être un bon point. Quels phénomènes sont mentionnés ? De tête : le décalage vers le rouge, la protubérance solaire, l’horizon d’un trou noir, l’énergie noire, l’expansion de l’univers. Aussi, on peut faire des liens entre le contenu des épisodes et la théorie des cordes ou l’idée du multiversC’est l’occasion pour Houkago no Pleiades de légitimer la magie de son œuvre comme conséquence de lois scientifiques, car plusieurs de ces notions d’astrophysiques sortent tout droit de la bouche de l’alien.

On peut après cela aborder le merveilleux : la fin est relativement heureuse, et illustre la détermination des jeunes filles à changer, c’est-à-dire à réaliser leur potentiel. Cette conclusion évoque à l’esprit une thèse écrite par N’Donna Rashi Russell, auteure de la thèse académique « Make-Up!: The Mythic Narrative and Transformation as a Mechanism for Personal and Spiritual Growth in Magical Girl (Mahô Shôjo) Anime » : le titre suffit à comprendre l’hypothèse défendue, celle d’une narration mythique et d’une transformation comme mécanisme de maturité personnelle et spirituelle de la magicienne dans les animés mahou shoujo. Le merveilleux peut prendre la forme de l’exotisme du paysage de l’animé, l’extraordinaire du ciel, des objets (fragments de moteur) à récupérer qui ressemblent à des étoiles, de l’espace où volent les magiciennes. Mais aussi la magie et ses couleurs, éclatantes et à l’image de chaque personnage.

Un dernier point plus discret qui rend cet animé unique est le financement par l’entreprise Subaru. Cela rappelle indirectement Super Cub (printemps 2021), qui promeut la motocyclette de Honda (à ce qu’il paraît le véhicule à moteur le plus produit de l’histoire ?!). En effet, on peut se demander l’étendue des gains récoltés par le conglomérat en participant à la diffusion d’un dessin animé pour jeunes filles. Surtout diffusé la nuit vers 3h du matin. On peut se dire que cela vise les otakus adultes, car bien des consommateurs de l’esthétique CGDCT sont des hommes de la vie active, ainsi que des conducteurs. C’est évidemment l’occasion de voitures de collection, à la manière des itasha (痛車), « voitures douloureuses », nommées ainsi pour le soin méthodique de leur design, à l’effigie de personnage de la culture animanga : l’affiche qui suit promouvait un concours pour gagner l’itasha Subaru WRX S4, édition spéciale Houkago no Pleiades.

Wish-Upon-the-Pleiades-Itasha-Subaru-WRX-S4-Contest

Et si des jeunes filles tombent sur la série et en viennent à développer un sentiment d’attachement pour la marque, cela peut faire des consommatrices de plus. On peut aussi s’interroger sur les méthodes du placement de produit. En recherchant un peu, on peut apprendre que les drive shafts sont à l’image de véhicules commercialisés par Subaru, et qu’ils font les bruits des moteurs des véhicules. Plusieurs des véhicules en arrière-plan sont de la même entreprise, chose qui ne m’a pas sauté aux yeux.

https://www.youtube.com/watch?v=Fdg7I74uXEk

La musique de l’animé est assez magique, car on y décèle des instruments synthétiques dignes de la musique d’ambiance, des tonalités claires. Cependant, il faut aussi noter un contraste avec des notes sombres et mystérieuses. Des rythmes différents contribuent aux atmosphères des scènes : cela peut aller de la surprise à la détente, ou faire monter la tension lors des scènes où apparaissent les fragments de moteur. Le doublage de l’animé ne se démarque pas particulièrement, à l’exception des voix de l’alien et de sa traduction par Nanako. Le bruitage le plus unique de l’animé est celui des drive shafts, car ils font des bruits de voiture alors qu’ils remplacent le bâton magique cliché du mahou shoujo.

En substance, c’est un animé qui réussit sur le plan de la détente, un mahou shoujo qui tente d’innover à sa manière, et présentant un intérêt pour les fans d’astrophysique. On pourrait peut-être s’attendre à mieux de la part de Gainax, mais ce n’est pas un animé particulièrement médiocre, ou même oubliable. Si vous avez aimé les animés dont j’ai parlé en début d’article, alors vous pourriez apprécier Houkago no Pleiades. Sinon, et bien vous aurez découvert ce que donne un animé sponsorisé par un conglomérat automobile.

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