Aujourd’hui, nous nous intéresserons (dans le détail, donc SPOILERS) à l’adaptation animée assez obscure de l’œuvre d’un auteur et développeur de visual novels très connu : Ryûkishi07, acclamé pour des titres vidéoludiques célèbres comme Higurashi (2002), Umineko (2007) ou même en temps que scénariste pour Rewrite (2011), par le studio de développement Key. Par exemple, à l’heure d’écriture de l’article, l’animé Ôkami Kakushi (hiver 2010) a attiré l’attention de près de 67 000 utilisateurs de MyAnimeList, et seuls 35 000 d’entre eux ont noté avoir fini l’animé. Ceci peut s’expliquer en surface par les notes, car 22,3 % des personnes ayant décidé de noter l’animé lui ont mis un 6, contre 25,2 % de 7 : la note globale de la communauté est un 6,34. À titre de comparaison, et parce que ce format est inhérentement subjectif, je lui ai donné la note de 8/10 : cet article visera à réhabiliter la qualité de la série.

Ôkami Kakushi (hiver 2010) est l’adaptation animée par le studio AIC (Anime International Company, studio connu pour Boku wa Tomodachi ga Sukunai (automne 2011), Amagami SS (août 2010), ou bien Acchi Kocchi (printemps 2012)) du visual novel éponyme, dont les genres sont l’aventure, le thriller, le mystère et le surnaturel. Son titre est un jeu de mot entre le loup (ôkami) et l’expression kamikakushi, qui d’après Wikipédia signifie « caché par [un kami] », « une expression japonaise utilisée pour signifier la disparition mystérieuse, ou la mort, d’une personne à cause de la colère d’une divinité. ».

Cette analyse procédera en deux étapes : dans un premier temps seront détaillés les protagonistes et le synopsis, ainsi qu’un retour global sur la franchise et l’écosystème artistique entourant le VN comme l’animé ; ensuite sera faite une analyse générale puis de quelques thèmes au cœur de l’œuvre.

                    Synopsis et personnages

Nautiljon donne pour Ôkami Kakushi ce synopsis : « Le scénario reprend celui du jeu éponyme, où un jeune homme de seize ans, Kuzumi Hiroshi déménage dans une nouvelle ville. Cette ville a certaines particularités : elle se situe dans une région montagneuse, et une rivière traverse la ville, la séparant en deux. D’un côté les « nouvelles rues », et d’un autre côté les « anciennes rues ». Beaucoup de légendes circulent à propos de cette ville, mais Hiroshi ne s’en soucie guère, profitant pleinement de sa nouvelle vie… Sauf qu’un jour, Kushinada Nemuru, une élève de sa classe, lui « conseille » de rester à distance des anciennes rues… ». C’est donc dans un cadre de ruralité et de tensions territoriales que l’intrigue se jouera.

Les protagonistes de l’intrigue sont quatre élèves de la même classe de lycée : Hiroshi Kuzumi, un garçon assez timide et sans confiance en soi — il s’avère qu’il sécrète une odeur si rare et puissante (de l’ordre d’une personne sur un million) qu’il puisse rendre fou les « loups-garous » d’Ôkami Kakushi — ; Nemuru Kushinada, une kuudere studieuse et silencieuse —chassant parfois du loup-garou à la faux la nuit, incarnant une divinitéimposant la loi à sa communauté — ; Isuzu Tsumuhana, une boule d’énergie parfois bébête, populaire en classe, voisine et amie (et plus si affinités, surtout niveau odeur) de Hiroshi ; Kaname Asagiri, meilleure amie d’Isuzu et plus mature qu’elle, fan d’histoires de détectives et de légendes urbaines.

cast ookami kakushi

Bien sûr, l’histoire ne peut se réduire aux personnages principaux, et les familles des personnages sont évoquées, illustrées, interagissent entre elles. Toute la ville est concernée par les événements de l’animé, surtout avec des objets tels que le culte, la médecine ou même les disparitions. La manière dont la série se focalise sur une distribution restreinte, puis prend pour échelle la ville entière et ses dynamiques territoriales, est un atout de la structure de l’œuvre : en effet, on peut comme cela atteindre une complexité sentimentale comme politique.

                    Franchise et écosystème artistique

Maintenant, nous allons nous concentrer sur tout ce qui entoure l’œuvre : les diverses formes qu’a pris Ôkami Kakushi à l’heure du multimédia ; les influences qui ont pu façonner ce qu’est devenu l’animé ; les œuvres similaires qui résonneraient à l’esprit d’une audience, à l’époque comme aujourd’hui.

Wikipédia est probablement la meilleure chance pour un lecteur francophone de trouver les informations les plus complètes sur l’intégralité de la franchise. On apprend ainsi que dans l’ordre chronologique, « Ôkami kakushi est un visual novel japonais développé et édité par Konami pour la PSP, avec Ryûkishi07 du cercle 07th Expansion en tant que directeur de projet et le duo de mangaka de Peach-Pit en tant que character designers. Le jeu est sorti le 20 août 2009 au Japon. Une adaptation en animé a été produite par le studio AIC et a été diffusée entre le 7 janvier 2010 et le 25 mars 2010 sur la chaîne japonaise TBS. ».

psp ookami kakushi

De plus, on peut apprendre l’existence de deux adaptations en manga : « [l’une] illustrée par Mirura Yano et intitulée Ôkami Kakushi : Fukahi no Shô […] publiée dans le magazine Dengeki Daioh de l’éditeur ASCII Media Works à partir de l’édition de février 2010 [; … l’]autre adaptation illustrée par Kuroko Yabuguchi intitulée Ôkami Kakushi : Metsushi no Shô […] publiée dans le magazine Monthly Shônen Rival de l’éditeur Kodansha à partir de février 2010. »

On peut faire un parallèle entre cet ordre d’adaptations et celui de la franchise Yosuga no Sora, car le VN est dans les deux cas le produit initial, et le manga et l’animé servent tous deux à populariser et promouvoir le titre de la franchise. Du moins à cette époque de l’industrie, la diffusion de l’animé étant généralement à perte (les disques Blu-ray et les revenus publicitaires diminuant certes ce coût d’investissement), il faut un produit derrière ; les mangas diffusés dans des magazines ne comptent pas comme des tomes entiers, donc ce n’est pas le plus rentable. C’est pour cela que l’œuvre initiale est un produit coûteux vendu à l’unité.

Après un point sur l’industrie, tâchons de percevoir des influences dans l’œuvre. Comme le développement du jeu remonte à 2009, il nous faut trouver des influences antérieures. La plus évidente est Higurashi (2002), pour la ruralité, la date reculée des événements (Nemuru étant née en 1968), le culte et les références à la malédiction, une institution hospitalière, un barrage. Si Umineko (2007) a exercé une influence sur l’œuvre, l’auteur ne peut pas la percevoir, n’étant pas familier avec.

Un autre jeu peut avoir marqué Ôkami Kakushi — du moins une recommandation MyAnimeList remarque une ressemblance : il s’agit de l’eroge H2O: Footprints in the Sand (2006). Et en effet, les deux visual novels possèdent des adaptations animées similaires : un garçon s’entoure de plusieurs amies à la campagne ; une romance se développe ; une kuudere d’une famille locale importante est isolée de sa classe. De là à garantir un lien, peut-être qu’il ne s’avère que d’une corrélation

H2O footprint in the sand

On peut trouver dans Ôkami Kakushi des résonances avec d’autres séries, notamment parce que la ruralité est un milieu propice aux intrigues de meurtres mystérieux, où la superstition et les cultes locaux peuvent ressurgir dans le présent, et aussi là où le sens commun de la modernité et son inflation d’information n’intervient pas. L’animé ayant été diffusé en hiver 2010, on peut mentionner parmi des œuvres similaires en temporalité et intrigueHigurashi (printemps 2006)Shiki (été 2010)Another (hiver 2012). Sans aborder de meurtres, on peut citer pour le côté romantique et tranche-de-vieSola (printemps 2007) et H2O: Footprints in the Sand (hiver 2008).

                    Analyse générale

Maintenant, je donnerai mon ressenti de l’œuvre, en évoquant également les sentiments d’autres personnes. Ce qui m’a vraiment plu dans Ôkami Kakushi, c’est sa poésie, passant par plusieurs motifs : d’abord la musique, qu’il s’agisse du générique de début ou de fin — leurs paroles sont uniques, parlant par exemple de la « tristesse » future inhérente à l’acte d’aimer, ou bien du « ciel illusoire de l’autre côté du temps »—, ou même des avant-premières chantées glissées en fin d’épisode — ou par les bruitages, la cloche étant un son gagnant en symbolisme, tout comme le violon joué par Kaori puis par Mana.

Kaori Mana

La palette de couleurs correspond également avec mon esthétique (je privilégie les contrastes, les éclats et la chaleur des tons), car un bon moment de l’animé se passe durant le crépuscule — un moment de saturation de l’atmosphère, l’orange et le rouge ayant des nuances diverses : mélancolie, finalité… On peut aussi mentionner la nuit bleu marinenette opposition au crépuscule — et des tons violets, blancs, pourpres et rosés de la divinité à la faux : on peut y voir la distinction, la chaleur, la douceur, la pureté

Pour parler d’autres points peut-être un peu moins qualitatifs de l’animé, on peut penser à la platitude du protagoniste principal, qui a pour toute personnalité d’être parfois excité, rarement courageux et toujours une victime. Dans l’animé du moins, il n’a pas une passion, pas un rêve, rien qui puisse le faire apparaître unique ou mémorable. Et le pire, c’est que son caractère ne change pas du tout malgré les événements de l’intrigue. Tiens, en parlant de caractère qui devrait changer… Nemuru est censée avoir tué des gens, et être âgée de 15 ans : pourquoi est-elle quasiment normale (si ce n’est pour sa nature de kuudere) mentalement ?

Pour conclure, Ôkami Kakushi n’est pas une série inmanquable, mais son rythme calme, ses usages d’effets d’animation intéressants, son intrigue ne souffrant pas de défaut majeur — si ce n’est un dénouement assez tiède —, sa sonorité qualitative, son symbolisme et sa palette rendent le tout assez unique pour mériter une chance. C’est un animé que l’on pourrait en venir à trouver old-school, et pour peu qu’on se montre tolérant il y a vraiment une essence plaisante dans cet ouvrage.

                    Thèmes au cœur de l’œuvre

J’évoquais le symbolisme dans cet animé, et bien il prend plusieurs formes. On peut par exemple penser au thème de la guérison, comme à celui de la passion, sans omettre les dynamiques territoriales. Nous développerons ces trois thèmes tour à tour.

La guérison est un des thèmes de la série, et un des lieux où le mystère commence vraiment à révéler son vrai visage est à l’hôpital : c’est à cet endroit que l’on découvre l’importance de la famille Kushinada, car l’oncle de Nemuru est le docteur à qui s’adressera Hiroshi ; c’est aussi à ce moment qu’Issei, le frère d’Isuzu, se met à devenir obsessionnel et à suivre Hiroshi, et c’est à la sortie de l’hôpital qu’il le fera monter dans sa voiture, alléché par son odeur de « nectar », et deviendra fou un moment — par chance pour Hiroshi, une orange diffuse son goût aigre, et cela calme les loups-garous, d’où que la cultivation des oranges locales fasse partie intégrante du culte religieux.

Pourquoi Issei était-il à l’hôpital ? Car c’est là-bas que se fournissent en pilules les loups de Jôga. En raison du climat cette année, les récoltes en orange ont grandement diminué, ce qui explique les quelques crises dûes à la pénurie des réserves. Les loups poursuivent donc une thérapie, et c’est d’aileurs ainsi que commencera le dénouement : Shunichirô rentrera en contact avec un supérieur hiérarchique du clan de Nemuru, demandant tous les dossiers médicaux des loups de Jôga sous prétexte de les aider médicalement. La guérison est donc un des thèmes majeurs de la série, présente du début à la fin.

ookami kakushi passion

La passion est aussi un des thèmes de l’animé, plus évident quand c’est un des ressorts du thriller. Notamment quand les loups chassent les humains, les embrassant sur la langue. C’est ce qui perdra Issei, ayant pourtant lutté contre son attirance envers sa kôhai et Hiroshi. C’est aussi ce qu’Isuzu a ressenti pour Hiroshi, une attirance physique se mêlant selon ses mots à son « premier amour ».

Enfin, on peut parler des dynamiques territoriales, la ville de l’intrigue étant divisée par la rivière en deux. Il y a l’ancienne ville, une ville fantôme où les résidents sont liés aux loups de Jôga, puis la nouvelle ville, composée d’une population attirée par le faible coût de la vie. Cette cohabitation passe par une culture commune, notamment le festival de Hassaku (un événement existant vraiment au Japon), où un culte est voué à la divinité à la faux (culte qui est peut-être propre à l’animé), permettant la coexistence entre les deux communautés. C’est un thème majeur car la politique du clan des Kushinada implique l’hôpital, le culte local

Ce n’était qu’une approche rapide des thèmes intéressants de la version animée de la franchise, en espérant que ces analyses vous laissent une idée positive de la profondeur de l’œuvre.

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