Shinsekai Yori est un animé abordant des thèmes similaires à ceux de l’animé Psycho Pass, la série est cependant beaucoup moins connu du grand public, alors qu’elle n’en reste pas moins tout aussi bonne, voire meilleure (mais comme mon but ici n’est pas de comparer les deux animés, considérez le poids de cette parole comme nulle). Le Cyberpunk est un mouvement culturel faisant suite au mouvement punk. C’est un genre plutôt proche de la science-fiction dystopique, montrant principalement des sociétés pervertis par le développement toujours plus important des nouvelles technologies. Le Japon est un pays qui a un fort lien avec ce mouvement culturel, étant l’un de ses principaux supports. En effet, bien que l’on retrouve des œuvres du genre du cyberpunk dans la culture américaine, tel que le livre Les Androïdes rêvent-ils de moutons électriques ? de Philip K. Dick ou ses adaptations en film connus sous le nom de Blade Runner, ou encore avec le film Matrix, le Japon a été l’un des principaux producteurs d’œuvres cyberpunk, avec des animés tels que Ghost in the Shell, Akira, ou encore Texhnolyze ou Serial Experiments Lain, même si ce dernier s’écarte déjà plus du mouvement cyberpunk en tant que tel. Une dernière œuvre sorti en 2012, Pyscho Pass, peut également être considérée comme appartenant au mouvement cyberpunk, mais est généralement plus appréciée pour les scènes d’action et le scénario que pour les questions qu’elle pose. Enfin Shinsekai Yori, elle aussi sortie en 2012, est aussi étroitement liée au cyberpunk, mais contrairement à Psycho Pass, le lien est plus difficile à voir. En définitive, le cyberpunk pourrait s’apparenter à un mouvement de prévention des éventuels dangers d’un super-développement qui amènerait à une auto-destruction. Pour plus de précision sur le mouvement, je vous invite à vous renseigner par vous-même, mais vous devriez en avoir saisi l’essentiel. Je vous aurais bien conseillé l’excellente vidéo de Noospherical, aussi connu sous le nom de 5HTPILL, intitulé « Le cyberpunk a-t-il encore un sens ? » mais il a récemment supprimé sa chaine de YouTube, et je n’ai pas pu retrouver le script de sa vidéo sur internet. Si quelqu’un la re-upload j’essayerai de penser à mettre le lien. 
Edit : Wow c’est incroyable, elle a en effet été re-upload, et devrait rester en ligne cette fois lien : https://www.youtube.com/watch?v=5PO1qT7f9dQ

Mais du coup, que vient faire Shinsekai Yori ici ?
Shinsekai Yori est un (excellent) animé du studio A-1 picture. Si vous ne l’avez pas vu je vous invite grandement à aller le visionner.
Il s’agit donc un animé qui, tout comme les œuvres cyberpunk, nous présente une société, un « nouveau monde ». Sauf que, ce qui devrait marquer immédiatement toutes personnes qui a déjà visionné la série, c’est que la société présentée dans Shinsekai Yori est l’exact inverse de celles des œuvres cyberpunk. Même si la série se déroule bien dans le futur, environ 1000 ans après notre époque, la société est loin de s’être super-développée dans les technologies. A l’inverse, les personnages vivent dans un petit village rural, rappelant des sociétés moyenne-âgeuses. En fait, la société telle qu’elle nous est présentée est exactement identique à une vielle société, à 2 exceptions près. La première, les humains possèdent des pouvoirs psychiques. Ils sont doués de télékinésie. La seconde, de nouvelles espèces sont présentes, dont une en particulier : les monstrats (bakenezumi en japonais, contraction de « bakemono », un monstre et « nezumi », une souris, un rat). Cette espèce que l’on nous présente dérivée des rats taupe nus, est douée d’une intelligence « presque » aussi importante que les humains, et possèdent un système social identique à celui des fourmis : une reine qui contrôle des ouvriers. Il est également important de noter que l’histoire de Shinsekai Yori se divise sur quatre périodes temporelles proches : nous suivons le même groupe de personnages à différents périodes de leur vie ; à savoir leur enfance, le début de leur adolescence, le passage à l’âge adulte, et ce dit âge adulte. Tout au long de la série les personnages, et plus particulièrement le personnage principal Saki Watanabe, découvrira en même temps que le spectateur le monde qui l’entoure. Elle apprendra, tout comme le spectateur, à tout d’abord le remettre en question, pour ensuite le défier, et enfin pour atteindre une résignation raisonnable. Ainsi donc, nous nous questionnerons sur la manière dont Shinsekai Yori nous présente la découverte du monde au fur et à mesure que nous grandissons, ainsi que sur la manière dont l’œuvre rend un joli hommage au cyberpunk. Je diviserai ainsi cet article en 2 parties.

Comment découvre-t-on le monde en grandissant ?

Phase 1 : De l’ignorance naïve à la connaissance.

Cela se déroule dans la première partie de la série, entre le début de l’épisode 1 et la fin de l’épisode 7. Les 4 personnages principaux sont enfants, ils ont une douzaine d’années, et découvrent durant cette partie la vérité sur l’origine de leur monde. Je pense que le titre suffit, car le sens se comprend vite. Tout comme les enfants, les personnages vont prendre conscience de la complexité du monde dans lequel ils vivent, et vont se rendre compte qu’à la fois les adultes ne leur ont pas tout dit (ou leur ont menti), et que la vie est loin d’être aussi belle que ceux qu’ils pensaient. Ils seront notamment amenés à côtoyer des monstrats alors que Saki est privée de ses pouvoirs, et que Satoru est affaibli. Confrontés au danger, ils grandiront.

Phase 2 : De l’interrogation de la société, sans pour autant lui désobéir jusqu’à la désobéissance civile.

Cette phase se déroule deux ans après la première, les personnages ont environ 14 ans. Elle se déroule entre le début de l’épisode 8 et la fin de l’épisode 16 et comprend 2 arcs : la transformation de Shun en démon de karma, et la fuite de Mamoru et de Mari. Dans cette partie, les personnages vont tout abord apprendre à connaître le sentiment de révolte avec la transformation de Shun en démon de karma, et la tentative de la société de l’éliminer. En revanche, les personnages principaux ne feront rien, à la fois parce que la situation les dépasse et parce que les adultes sont particulièrement fermes sur le sujet. Cependant, plus tard, ils marqueront leur premier acte de réelle désobéissance civile, devenant en quelques sortes des criminels, puisqu’ils permettront à Mari ainsi qu’à Mamoru de s’échapper loin de la civilisation. Saki et Satoru, proclamant ne pas être au courant, deviennent ainsi complice. Cette phase traduit la manière dont, en raison de l’adolescence, nous remettons en question l’autorité, allant parfois jusqu’à la braver. Certains fument des pétards avant 18 ans, d’autres deviennent complice d’un crime. Voilà tout. Il s’agit ici de la continuité de l’interrogation de la société de Shinsekai Yori par le spectateur.

Phase 3 : Résignation, tout en essayant de faire changer le système de l’intérieur.

Durant cette partie de l’œuvre, les personnages principaux restants, Saki et Satoru, sont adultes. Ils ont exactement 26 ans, et malgré leur crime passé, jamais connu, ils ont pu parfaitement s’intégrer dans leur village. Cependant, ils gardent leurs idées révolutionnaires. La rébellion des monstrats sera un bon moyen pour les 2 protagonistes de légitimer leur envie de remise en question de la société, puisque cette attaque, réussie, prouve bien qu’il y a quelque chose à changer. En dépit de quelques actes allant contre les règles établis, tel que l’achèvement de Squealer par Saki dans le dernier épisode, montrant bien que nos personnages ne sont pas non plus totalement en accord avec les codes et les règles de la société dans laquelle ils vivent, Saki et Satoru sont complétement intégré dans cette dite société, et applique tout de même une partie des règles qui les révoltaient auparavant. Ainsi, tel un cruel message fataliste, l’œuvre nous montre que malgré toutes nos idées révolutionnaires, l’Homme finit, d’une manière ou d’une autre, par se résigner en grandissant, s’il n’est pas mort auparavant pour son combat. Une bien triste et cruelle vérité, qui semble pour autant assez vraisemblable.

Ainsi la structure même de Shinsekai Yori reprend le déroulement de la découverte de la société par un individu au fil de sa vie, ce qui est parfaitement cohérent et pertinent, puisque c’est justement le but de la série de nous faire découvrir un monde, une société pleine de codes et de règles, et de nous inviter à la remettre en question, à la braver et pourquoi pas, à même l’accepter.

En quoi Shinsekai Yori s’apparente-t-il à un ultime hommage au cyberpunk ?

Le cyberpunk, en apparence, nous propose des sociétés qui sont totalement opposé à celle de Shinsekai Yori. Sur développement, absence de vie et de campagne, mécanique et technologie utilisée à outrance… Shinsekai Yori choisit lui de faire l’exact inverse : et si au lieu de déprécier les sociétés surdéveloppée, embellissant ainsi de manière plus ou moins sous-entendu des sociétés soutenant une idéologie de décroissance, il montrait tous les vices et tords que pourrait contenir une telle société ? C’est exactement ce que choisit de faire cette œuvre, avec beaucoup d’intelligence. Tout d’abord, la société doit être futuriste, il faut donc trouver un moyen crédible de faire adopter une politique de décroissance à notre monde, c’est-à-dire de le faire aller complétement à contre-courant de la tendance actuelle. Pour cela, Shinsekai Yori invoque le concept de pouvoir psychique, Juryoku. Les monstrats, étroitement lié à ce dernier concept puisqu’il légitime leur mise en esclavage ainsi que leurs envies révolutionnaires. L’humain et les êtres vivant en général (avec les monstrats) se substituent ainsi aux machines, devenant le centre de ce nouveau monde à la place des différentes technologies. Cependant, malgré ces changements qui semblent en apparence énorme, mais qui sont finalement bien minimes, Shinsekai Yori reprend la recette des œuvres cyberpunk. Exploration et remise en question d’une société oscillant entre l’utopie et la dystopie. Ainsi, l’œuvre prend le contre-pied du mouvement cyberpunk tout en lui faisant grandement hommage, invitant à la fois de par ses codes le spectateur à se replonger dans ces anciennes œuvres nous avertissant du super développement, tout en nous mentionnant qu’une décroissance peut également être source de problème.

Avec la fin de la diffusion de Shinsekai Yori, il ne reste plus que la récente troisième saison de Psycho Pass pour rappeler aux gens dans les esprits l’existence du mouvement cyberpunk. A vous de vous plonger dans les profondeurs du passés, pour découvrir des œuvres si intéressantes. Ainsi, à vous qui n’avez peut-être jamais visionné Shinsekai Yori (et dans ce cas-là bien joué, j’ai l’honneur de vous annoncer que vous faites partie des surhommes non gênés par le spoil), je vous invite à aller regarder cet animé et à vous plonger dans ces séries du passées ! En ce qui concerne les spectateurs les plus cultivés… je ne saurais, avec originalité, vous conseillez que de vous souvenir de toutes ces œuvres, d’aller pourquoi pas, les revisionner, et d’en parler autour de vous. En espérant que cela vous ait intéressé !

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