La liberté est un thème qui est très cher à Versailles no Bara. Cependant, bien plus que de traiter de la liberté, VnB traite de l’absence de liberté, de nos limites. Tous les personnages de l’œuvre sont enchaînés, emprisonnés à quelque chose. Dans la plupart des cas, il s’agit des classes sociales et/ou de l’amour, les deux étant souvent liés (et l’amour allant avec la haine). On comprend ainsi beaucoup mieux le choix d’avoir utilisé comme décor la société française pré révolution : c’était une époque où il y avait de fortes inégalités sociales, ou les gens n’étaient pas libres. En plus, du point de vue des japonais c’est sexy, c’est vendeur de parler de la France. On nous propose donc ici un récit tragique, historique (et très précis de ce côté-là durant la majorité de la série), dans lequel un élément vient tenter de changer le cours de l’histoire : la naissance d’Oscar François de Jarjeyes (de Jarjeyes ayant vraiment existé, il ne s’agit bien sûr pas d’Oscar). Il s’agit donc ici de voir à quoi et en quoi les différents personnages de l’œuvre sont attachés, pour mieux voir ce qu’ils ont raté. De plus, mieux mettre en lumière les échecs de tous ne rendra qu’encore plus incroyable les actions d’Oscar.

Marie Antoinette :

La Reine de France. Intègre (comme on le voit avec du Barry au début), elle est cependant trop attaché à la société noble telle qu’elle est. Tandis qu’elle désire le pouvoir au début de la série, pour tenter de faire de la société noble française son idéal (rejetant ainsi les du Barry like), elle se révèle finalement étroite d’esprit. Bien qu’elle soit de bonne volonté (ce n’est pas une méchante à proprement parler), elle est incapable de comprendre, et d’accéder aux revendications du peuple, car elle ne peut se résigner à faire reculer le pouvoir de la noblesse, qui selon elle est mérité et doit être conservé. Enfin, de par sa condition de reine, elle ne peut se consacrer comme elle l’aurait voulu a Fersen, et se retrouve obliger d’épouser un roi qu’elle n’aime pas. Marie Antoinette est emprisonnée dans sa classe sociale, incapable de se rendre compte des problèmes du tiers état, et de concrétiser son amour. Elle finira par mourir, sans n’avoir pu ni vivre avec Fersen, ni améliorer la situation en France. Elle n’a rien pu accomplir.

Fersen :

Il est lui non pas tant emprisonné dans sa classe sociale que dans son amour. Aimant Marie Antoinette, il finira par danser avec Oscar sans se rendre compte que c’est elle, jouer le héros tragique en partant aux Amériques, inquiétant tout le monde, avant de revenir sain et sauf. En dépit de ça, il ne se rend pas compte d’à quel point Oscar l’aime, et la néglige (et se néglige aussi au final) pour la reine. Il finira par tenter de la sauver une dernière fois dans l’épilogue, échouant ; il deviendra désagréable et finira assassiné. Obnubilé par la reine, il n’a rien concrétisé dans sa vie.

Rosalie :

Trop occupée à haïr Polignac, elle ne prendra pas soin de Charlotte quand il en était encore temps, même après s’être rendu compte qu’elle était sa sœur. Incapable de renouer avec sa mère (bon, bien que Polignac soit aussi coupable sur le coup), elle finira par ne pas pouvoir ni concrétiser sa vengeance ni pardonner Polignac. Elle trouvera tout de même le salut dans Bernard Châtelet, et survivra aux événements de 89. Tout de même, elle n’a pas pu aider Oscar quand elle en avait besoin. Elle est également enchaînée de par sa classe sociale, ne pouvant jamais s’anoblir à cause de son éducation (disant notamment « okaa-san » et non « okaa-sama » comme Charlotte le lui fait remarquer). Elle ne finit pas mal à proprement parler, mais a rater beaucoup de choses dans sa vie.

du Barry & Polignac & Vallois :

ces trois personnages sont emprisonnés dans leur désir de noblesse, de richesse. du Barry à la mort de Louis XV finira exilée de Versailles sans rien (et mourra à la révolution, guillotinée). Trop occupé à garder sa place dans l’instant présent, elle n’aura pas pu se lier à Antoinette.

Polignac tua la mère adoptive de Rosalie et semble regretter son geste. Cependant, son envie de monter dans l’échelle socile la pousse à ne voir en Rosalie qu’une remplaçante inattendue a Charlotte, pour la marier. N’écoutant pas Charlotte, elle l’a marié à un pédophile de 41 ans alors que sa fille n’avait que 11 ans. Quand bien même elle se suicidera, elle répétera la même erreur avec Rosalie (tentant de la faire chanter puis la forçant à se marier).

Contrairement à Charlotte, Rosalie fuira. Elle finit seule, sans ses filles qu’elle aurait pu aimer, et sans avoir pu monter socialement : trop attaché au prestige elle a négligé ses filles. Vallois quant à elle, négligera aussi Rosalie. Ne voulant que de l’argent, et manipulant l’homme de l’église pour cela, elle finira par se faire manipuler à son tour, et mourra avec l’homme qu’elle aimait, n’apportant que discorde à Versailles, sans n’avoir pu rien accomplir pour elle.

Charlotte :

Emprisonnée dans son rôle de femme lors de cette période : mariée à 11 ans à un pédophile de quarante, elle se retrouve obligée de se suicider pour échapper à sa souffrance, que sa mère n’a pas entendue. Oscar, de par son statut particulier, évite ce genre de situation propre aux femmes durant cette période.

André :

Aimant Oscar depuis très jeune, il la suivra comme son ombre, lui donnant entièrement sa vie, et sacrifiant la sienne par la même occasion. Contrairement aux autres personnages cités plus haut, André finit tout de même par montrer une volonté de s’imposer par rapport à Oscar : lui rappelant qu’elle est une femme, allant trainer avec la brigade de Paris, il sera le lien entre Oscar la noble et le peuple, lien qu’on retrouve dans le fait que ce soit André qui permit a Oscar d’être accepté par ses hommes du peuple. Il en sera récompensé, mariant symboliquement Oscar. Cependant, il n’a jamais pris soin de lui, allant jusqu’à devenir aveugle pour sa bien-aimée. Le destin lui est mi-favorable : il pourra concrétiser son amour avec Oscar, mais il ne pourra le garder longtemps, mourant moins de 24h après qu’ils se soient déclaré l’un à l’autre. 

On pourrait le voir comme le personnage le plus pathétique, celui envers qui le destin a été le plus cruel, lui donnant tout ce qu’il veut pour le lui reprendre juste après, mais je pense cependant qu’à l’inverse le destin fut clément : contrairement aux personnages cités plus haut, il put réussir à concrétiser son but, même s’il ne put en profiter longtemps. Il n’a pas brisé ses chaînes, il en a plutôt fait une force. Avec la phrase d’Alain dans l’épilogue (« André et Oscar sont les plus chanceux d’être morts dans cette période, ils n’ont pas eu à connaître la folie post révolution. »), on pourrait même avancer qu’il fait partie des personnages qui terminent le mieux de la série, et c’est vrai qu’il est sûrement celui qui a le meilleur destin après Oscar. Cependant, André a fait une erreur : il n’a pas pris soin de lui, il n’a pas brisé ses chaînes.

Et enfin la meilleure pour la fin ;

Oscar :

Elle est un rose. Ce symbole traduit deux choses chez Oscar : sa beauté et son caractère ; elle est belle comme une rose, mais dur à approcher, principalement parce qu’elle est forte, autoritaire, et que bien que très gentille elle ne sera pas aimable avec le premier venu. Cependant, Oscar ne veut pas être une rose : ses chaînes ne sont pas seulement celles de sa classe sociale. Elle se libère de ses dernières grâce à Rosalie qu’elle entraînera, grâce à André qui lui fera prendre conscience du besoin du peuple avant la révolution, et d’elle-même en couvrant le chevalier noir. (C’est d’ailleurs le seul noble parmi les personnages développés de la série à prendre le parti du peuple. Et même si c’est André qui fait la passerelle entre elle et le peuple dans le dernier arc, elle le faisait déjà bien avant avec Rosalie ou le Chevalier noir donc). Cependant, bien qu’elle ait fait l’exploit de se libérer des chaînes liées à sa classe sociale, il reste celles de son identité. Elle est vue comme une femme par bien des hommes, pourtant elle fut élevé comme un homme, et est censé être un homme. Par peur de perdre sa force, par peur de perdre sa place, elle se rejettera, se considérera comme un homme. Cela a pour conséquence qu’elle n’osera jamais vraiment aller vers Fersen (avec qui elle aurait fini heureuse), et qui l’aurait probablement aimé en retour (cf la scène du bal). Elle refuse également de se trouver un mari, que ce soit pour monter en hiérarchie ou parce qu’elle aime quelqu’un. Quand André lui rappellera qu’elle est une femme, dans l’épisode 28 ou 29 (une rose ne peut devenir du lilas), Oscar est profondément choqué : on lui rappelle qu’elle est une femme. Il est intéressant de noter que dès l’opening, Oscar qui est la rose est vue enfermé, emprisonné dans des roses justement. Oscar sera libéré de son second fardeau en apprenant qu’il ne lui reste que 6 mois à vivre et qu’André est presque aveugle.

Oscar prisonnière des roses dans l'opening

La vue d’André signifie qu’il peut veiller sur Oscar : en devenant aveugle, il ne pourra ni veiller sur elle ni la suivre, il ne veut pas devenir aveugle. En apprenant tout ça, Oscar se rend compte qu’elle doit profiter de sa vie dans tous ses instants : elle se décide à s’accepter, et à accepter André (ou l’inverse). Elle embrasse sa nature de rose : elle est une femme forte désormais. Elle souffrait en faisant taire sa nature de femme, et elle aurait probablement souffert si elle n’était restée qu’une simple femme depuis son enfance (cf Charlotte). Je considérais que Versailles no Bara était en avance sur son temps, mais je pense qu’il est même en avance sur le nôtre : on aura beau vouloir échapper à notre nature le plus possible, un homme reste un homme et une femme reste une femme. Et même s’il faut changer la société (cf Charlotte encore), on ne doit pas négliger ce que nous sommes, sinon on finit juste malheureux, et ça n’importe que nous et ceux qui nous aiment (et qu’on aime souvent en retour). En s’acceptant comme une rose (en se déclarant à André), Oscar se libère de ses secondes chaînes : elle est libre. Elle mènera les révolutionnaires d’une main de maître, avant de finalement mourir au combat, une mort honorable pour un militaire. Elle se fera tirer dessus & passera ses derniers instants en fixant une colombe blanche dans le ciel : elle n’a pas pu atteindre la période de paix, mais la touche du bout des doigts. Finalement, il est sûrement préférable pour Oscar de mourir de cette façon : elle devient un martyr, un emblème de la révolution, elle ne sera pas mort doucement et lentement de sa maladie, ni de la folie du tiers état, ni des nobles vengeurs, ni de Saint-Just. Elle s’est battue pour ses idées, et sera morte en voyant sa victoire, sans en voir toutes les conséquences regrettables à court terme : elle a eu le meilleur destin, elle a eu la meilleure vie de tous. Oscar est le seul personnage à avoir pu se libérer doublement.

On notera également certains parallèles intéressants, notamment lorsqu’Oscar veut quitter la garde royale : le conflit entre André qui ne veut pas perdre son œil gauche (conserver le statu quo) et Oscar qui veut quitter la garde royale pour être un homme, pour faire taire ses sentiments amoureux (quitter le statu quo). Le statu quo sera quitté, mais il le sera en faveur d’Oscar et d’André.

Finalement, doit-on conserver la société telle qu’elle est actuellement ? Pas spécialement, il y a des injustices, et si cela nous importe on a tout intérêt à se battre contre elles. Pour autant, il ne faut pas se négliger : n’abandonnez pas votre nature (différencier la nature qui est une fatalité du rôle dans la société qui n’en est pas une en somme), et essayez d’accomplir ce que vous voulez en prenant soin de vous. Tous les personnages de l’œuvre se sont négligés, trop limités par ce qui les entouraient : seule Oscar a réussi à se libérer, à prendre du recul, et à finir de mener sa vie comme elle le voulait, se rebellant contre l’armée, contre la reine, contre l’état, et finalement même contre elle-même (avec son acceptation de se faire peindre aussi!) pour atteindre une vie dont elle peut être fière. Révolutionnaire, oui. Folle, déconnectée de la réalité : non.
On comprend mieux comment un personnage si incroyable a pu être une source d’inspiration pour Reinhard von Lohengramm ou Tenjou Utena.

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